mardi 20 décembre 2022

Coïncidence / Hiver, contes et messages

 Il y a quelques jours. Approche de Noël. Petite ville d’Alsace, où la neige est tombée il y a peu et pour une fois tient un peu. Dès qu’on sort de la ville, qu’on aborde la forêt, en ses lisières… là, c’est nettement plus froid.

NB - Décembre 2022

Quelques jours avant encore, sur le blog de Thomas Nydahl, le 25 

novembre, ce récit, qui pourrait paraître banal, qui l’est peut-être (je

précise que T. Nydahl est âgé et malade ; il vient alors d’être opéré des yeux) :


« Man stiger upp orolig. (…)

Man går till optikern som avtalat.

Man undersöks.

Optikern är på sitt bästa humör. Skojar om det jag kan se och det jag inte...

(…)

Sitter på en busshållplats, länge och väl. Just som jag öppnar dörren och

stiger in i hallen slås jag hårt: Min väska är inte med hem.

Först panik, sedan likgiltighet. Jag hade flyttat telefonen och plånboken till

rocken innan jag steg på bussen. Resten kan bero.

Astrid ger sig inte, tar bussen tillbaka in till stan. På hållplatsen sitter en

pundare. Hon säger "Jag har vaktat väskan till er."

Astrid kommer hem med min väska. Hur tackar man henne och pundaren? (…) »


« On se lève inquiet.

On va chez l’opticien comme ça a été prescrit.

On se fait examiner.

L’opticien est d’une humeur excellente. Il plaisante sur ce que je peux voir

et ce que je ne peux…

(…)

Je suis assis à une station de bus, longuement. Juste quand j’ouvre la 

porte et pénètre dans le vestibule j’ai un haut-le-cœur : je n’ai pas ma

sacoche avec moi.

D’abord : la panique, puis l’indifférence. J’avais transféré le téléphone et 

le portefeuille dans mon manteau avant de monter dans le bus. Le reste,

tant pis.

Astrid ne se rend pas, elle prend le bus pour retourner en ville. À la station 

de bus est assis une camée. Elle lui dit : "J’ai gardé la sacoche pour

vous."

Astrid rentre à la maison avec ma sacoche. Comment les remercier, elle et 

la camée ? (…) »


NB - Décembre 2022

L’opticien a un sens de l’humour qui m’échappe un peu. Rirait-il devant 

un tableau de Picasso ou de Munch ? La vue est quelque chose de bien

subjectif. Et au royaume des aveugles…

Quant à la photo ci-dessus ; le passant promenait un chien (on ne le voit

pas ; il doit être derrière l’arbre). Il avait, du coup, un faux air de Jacques

Brenner. Dont on reparlera. Mais bien sûr que si…


Il y a un commentaire à l’article de Thomas Nydahl, malheureusement

anonyme :


« En månad för tidigt

Inte Julafton


Annar
s nästan en saga till Jul.

Dickens 2022?



(…)

Och, inte minst, en beslutsam hustru!

Från Finland??? »


« Un mois trop tôt

Ce n’est pas le soir de Noël

Sinon ça aurait presque fait un conte de Noël.

Dickens 2022 ?


(…)

Et, pour le moins : une épouse déterminée !

De Finlande ??? »


Moi, un des contes de Noël que je préfère, c’est celui de Paul Auster, Le 

conte de Noël d’Auggie Wren. Et ça marche aussi au cinéma, avec Harvey

Keitel.


Harvey Keitel, plus récemment, dans Youth, de Paolo Sorrentino.

Un… ange vient comme les visiter, alors qu’il se baigne avec Michael 

Caine.

Pas finlandaise il est vrai.


« Qui est-ce ? Demande le personnage joué par Michael Caine ;

Dieu… Répond Harvey Keitel. »

Un simple messager, c’est déjà… très bien…


Bon, mais l’hiver… Une de ces coïncidences ; je pensais à des anges…


NB - Décembre 2022

Mais un peu plus loin, l’église Saint-Georges.

J’y pensais aussi.

À cause des derniers Millenium, de David Lagercrantz ? (Éd. Norstedts.)

La partie 1 du tome 5 (Mannen som sökte sin skugga) s’appelle « Le

dragon ». Et on retrouve une statue de dragon, à Moscou, dans le tome 6

(Hon som måste dö) ; sur un tatouage aussi, me semble-t-il, sur Lisbeth

Salander…


NB - Décembre 2022, église St-Georges, Haguenau

Ça semble improbable, on reparlera pourtant, de dragons, du livre de

Lagercrantz, de (dé)coïncidence…



Nils Blanchard



samedi 17 décembre 2022

Concomitances / Hillevi Norburg, Laclos, Léautaud, Natalie Barney...

J'avais dit que j’y reviendrais. Et il y a de quoi revenir, en effet, sur ce roman somme toute étrange d’Hillevi Norburg, Messalina (éditions Augusti).

Aubrey Beardley, wikipedia

La couverture du livre est un un détail de Aubrey Beardley, et sa quatrième annonce la parenté de l’ouvrage avec la littérature décadente.
Et il y a bien de ça. D’ailleurs, Hillevi Norburg a pu faire allusion aux éditions du Chat rouge, dans son blog (en lien à celui-ci), dont une simple visite du site (Ici !) est un plaisir pour les yeux.
J'ajouterais qu’il y a un côté Liaisons dangereuses, mais à l’envers. Ce n’est certes pas un roman épistolaire (malgré des lettres glissées au milieu des chapitres) et l’époque est différente (fin dix-neuvième siècle). Mais on a néanmoins une sorte d’anti Valmont dans le personnage principal (du moins de ce qu’on peut imaginer de Valmont jeune du roman de Laclos). David, le héros, ne cède pas facilement à la tentation de la chair – même dans un bordel de Bruxelles où il s’est fait entraîner un peu malgré lui –, et quand il y cède, c’est dans le cas d’un viol (ou viol imaginé ? On finit par douter…) Et lui-même, dans quelle mesure n’est-il pas manipulé par l’image qu’il se fait, cette fixette étrange, de la jeune femme qu’il appelle Messaline ?
Et à l’inverse de Valmont, il ne court pas à sa perte sociale, mais à la respectabilité et la richesse vraisemblablement (ne dévoilons rien), ce qui serait bien pire peut-être, finalement…

Aubrey Beardley, wikipedia

La forêt a un rôle non négligeable, dans ce livre. D’où l’illustration qui précède, mais on y reviendra. (Je devrais faire en janvier une conférence sur la forêt…)
Je reviendrai sur d’autres choses aussi, mais tâchons de mettre un peu d’ordre dans cette chronique ; voyons la quatrième de couverture :

« Adelsmannen David de Lesrat reser i det sena 1800-talet från Paris till sommarvistelse hos sin borgerlige vän Camille och hans familj i Belgien. Snart utvecklar sig ett mörkt triangeldrama med Camilles syster Mathilde, både irriterande, rödhårig och outgrundligt tilldragande, och den förhatlige poeten Laléande som alltid verkar ligga steget före David.
Under tiden faller de Lesrat allt djupare ner i sina egna tankars narcissistiska domän (…) »

« David de Lesrat, issu de la noblesse, se rend de Paris en Belgique, à la fin du dix-neuvième siècle, pour passer les vacances d’été dans la famille de son ami, le bourgeois Camille. Assez vite se développe un drame triangulaire avec la sœur de Camille, Mathilde, tout à la fois irritante, rousse, et terriblement attirante, et le poète, détesté par le héros, Laléande, qui semble toujours avoir une longueur d’avance sur David.
Dans le même temps, de Lesrat s’enfonce toujours plus dans le domaine de ses pensées narcissiques (…) »

Aubrey Beardley, wikipedia

Fin dix-neuvième, donc… Allusion (page 29), à une Anthologie des poètes d’aujourd’hui, dans laquelle Mathilde aurait découvert le poète Laléande, en 1891.
Bon, mais moi, je pense là aux Poètes d’aujourd’hui de Léautaud et van Bever (van Bever avait-il des origines flamandes?), dont la première édition date de 1900… Où figure un poète comme Pierre Louÿs, (qu’Hillevi Norburg a commencé de traduire je crois) – voir à ce sujet un site très documenté sur Léautaud : dans ces parages. Allusions aussi aux milieux de salons littéraires du temps. Natalie Barney est citée... Je parlais de concomitances, d’intérêts...

Natalie Barney, 1900.

Il y a un autre personnage, aussi, une voisine, Frida, que David (qui est aussi le narrateur) a donc / croit donc avoir violée, vaguement sous l’influence de Mathilde…
Et Mathilde, plus douée que son frère pour beaucoup de choses, mais qui ne peut aller à la Sorbonne, ni développer vraiment ses talents artistiques… D’une certaine manière, elle tentera de se venger (pour parler comme Annie Ernaux) par l’arme qu’on lui donne, le mariage…

Concomitance d’intérêt : David de Lansrat, aussi, est originaire d’Angers, ou plus exactement de Champigné, un peu au nord de la ville. On y reviendra, etc. (Quelque part en janvier ? D’ici-là, il faut que je parle encore un peu de 1922…)

NB

La Loire près d’Angers, à peu près à cette époque de l’année, l’année dernière.


Nils Blanchard


P.-S.: Sur le site de Svenska Litteratursälllskapet i Finland (SLS) (L’association suédoise de littérature en Finlande), en lien de ce blog, j’ai vu qu’il y aurait en janvier une « Nuit des sciences » avec ce titre : « Jorden, orden, Norden » (« Le Terre, les mots, le Nord »).


Les premières lignes de présentation en sont alléchantes : « Kan vi lära oss av historien? Hur kan skönlitteraturen vidga våra perspektiv? Hur kan vi få grepp om tiden? (…) » – « Peut-on apprendre de l’histoire ? Comment la littérature peut-elle élargir nos perspectives ? Comment peut-on avoir prise sur le temps ? (…) »

Ce sera à Helsingfors, le 12, Riddaregatan 5 (rue des Chevaliers)...


mercredi 14 décembre 2022

Un héros qui s’appelle Hiver

 À mon oncle Pierre Blanchard 

J’en ai parlé au premier bulletin de ce blog [ici, bien sûr], de ce (relativement) nouveau polar d’Åke Edwardson, de la série des Erik Winter. Le treizième. Il s’intitule Det trettonde fallet. La treizième affaire. (Éditions Bonniers.)

Début de la première phrase : « Winter hade druckit en snabb kopp kaffe 

på Málagas flygplats (…) » « Winter avait pris rapidement un café à

l’aéroport de Málaga (…) » 


Málaga, je pourrais en parler aussi, vaguement en rapport avec la Suède

d’ailleurs. Mais ma vie personnelle n’est pas l’objet de ce blog.

Le commissaire Winter, le héros de la série d’Edwardson, est bien quant à

lui un « Suédois d’ailleurs », vu qu’il vit en partie en Espagne, dans les 

derniers épisodes tout du moins, vu, aussi, qu’il n’arrive pas à construire

sa maison dans son propre pays.


Edith Södergran, « Jag är frammande i detta land » « Je suis étrangère en

ce pays »… Mais de quel pays parlait-elle ? La Finlande, la Russie, la

Suède ? Elle habita (et mourut je crois) néanmoins bel et bien dans une

maison… On l’y voit avec un chien -- d'habitude, ce sont plutôt des chats ; 

de gros chats de gouttière parés aux hivers de la Finlande d'alors... -- , sur 

une photographie d'un dernier billet du site de l’association de ses amis, en 

lien de ce blog…


Edwardson fait parfois parler Winter en espagnol. Comme pour le 

détacher encore plus de son pays ? (Où, pourtant, il envisage de

construire sa maison…) Du reste, l’auteur aurait affirmé (mais ce ne serait 

pas la première fois) que cette Treizième affaire serait la dernière de la

série.

Il est néanmoins en grande forme. Pour ceux qui ont lu d’autres volumes

(traduits en France en poche chez 10/18 – celui-là devrait l’être assez

vite…), ils ne s’étonneront pas de trouver des recettes de cuisines 

distillées dans l’intrigue, des jugements à l’emporte-pièce ponctuées de

« Tout le monde sait ça » (surtout au début du livre… comme, peut-être, 

pour prendre le rythme, là aussi…)

Plus tranché, page 247, cette variante (à propos de cuisine, pas même de

police) : « (…) inte alla skulle hålla med men vad visste de. » « (…) tout le

monde ne serait pas d’accord mais qu’est-ce qu’ils en savent. »

Qu’en savent les cohortes de crétins qui commentent anonymement tout 

et rien sur les « réseaux » « sociaux » ?

Que savent-ils, notamment, de l’alliance du Pinot gris avec le poisson,

dont parle à ce moment Edwardson (qui fait dans ce volume une petite 

fixette sur le vin d’Alsace…) ? Rien, bien sûr…


Pour ceux qui ont lu d’autres volumes, encore, peut-être se remémoreront-

ils d’autres références, dans d’anciennes enquêtes, à T. S. Eliot. Mais si… 

The Waste Land…


Page 42 : « Polishuset flödade över av elak aprilsol. Av alla årets solar är 

den i april värst, hårdast, kall och naken (…) » « L’hôtel de police scintillait

du méchant soleil d’avril. De tous les soleils de l’année, celui d’avril est le 

pire, le plus dur, froid et nu (…) »


Bon. Mais Eliot, « tout le monde sait ça »… « April is the cruellest month,

breeding / Lilacs out of the dead land, mixing (…) » 


On ne saura trop recommander la traduction de Pierre Leyris, ami d’André

Dhôtel. « Tout le monde... »



Et on retrouve les remarques, et plaisanteries iconoclastes de Fredrik 

Halders. Là, c’est un peu compliqué à décrire. Il faut connaître… Allez,

10/18…

Je peux quand même dire à son sujet qu’il m’a semblé le rencontrer en 

chair et en os, un très serviable (néanmoins…) contrôleur d’un train que

j’ai pris après diverses aventures que j’ai un peu narrées là même... 

Avis à un cinéaste éventuel : Halders existe…


Il devrait en exister plus, d’ailleurs.


Nils Blanchard


samedi 10 décembre 2022

Kafka, Strindberg, Zorn… Canaris et lettres

  Ou de la phobie administrative...                                                                                                                             (Di)vaguant sur des blogs en liens d’Alluvions, je constate que Jean-Jacques Birgé parle lui aussi de Kafka, le 8 décembre (ici même), et même du Château.

 

J’ai évoqué moi aussi dans ce blog ce roman, à quelques occasions, notamment

dans de rares et brumeuses occurrences où je fais référence à quelque (plus ou 

moins) haut fonctionnaire à qui je n’eus pas affaire.

Et je voulais justement mettre en relief ces deux citations du Château (pages 

242 et 245 de l’édition en livre de poche ci-dessus…) Il est questions de lettres 

du redouté Klamm à K, sans doute en réponse de requête de K à Klamm… on

s’y perd. Mais au moins ce sont des lettres :


« Même si ce sont de vieilles lettres sans valeur, tirées au hasard d’un tas de

lettres également dénuées de valeur, au hasard et avec autant de cervelle qu’il 

en faut aux canaris des fêtes foraines pour choisir du bec dans un tas la

destinée du premier venu (…) »


(Au moins ces canaris, me dira-t-on, ne sont-ils pas devant les élèves.)


« Sortini [l’un des fonctionnaires] est censé s’occuper notamment de la lutte

contre les incendies, mais peut-être se contentait-il de représenter quelqu’un – 

la plupart des fonctionnaires se représentent mutuellement, ce qui rend difficile

de repérer les attributions de chacun (…) »


Ah, en ce qui me concerne, une lettre que j'ai reçue, si... « Pour le Machin et 

par délégation, La Responsable de la division truc »; elle ne signe pas. Un autre 

"signataire" est ajouté : « Pour le machin [sic, pas de majuscule, cette fois] et 

par délégation, l’adjoint à la cheffe de division truc »… Est-ce que l’un 

d’eux a seulement lu ce qu’il n’a pas écrit ?

Sont-ils, au fond, responsables de la lutte contre les incendies, notamment ?




Bon, mais dans le livre bleu, de 1922 – c’est en 1922 que Kafka, ai-je cru

comprendre, se met au Château – dont je parlais à mon dernier billet, il y  a cette

gravure d’August Strindberg par Anders Zorn.

Or j’ai trouvé un article (via le site Cairn.info) dans les Études germaniques

272, de 2013, de Björn Meidal, intitulé « Strindberg en Suède et dans le 

monde ». J’y reviendrai… Mais pour l’heure, ce passage (pages 712-713) :


« Les linguistes suédois datent la naissance de la langue suédoise écrite 

moderne du roman de Strindberg La Chambre rouge (1879). Sa prose, toutefois,

avec son style immanquablement reconnaissable pour ses compatriotes, n’a 

pas, à l’instar de son œuvre dramatique, conquis le monde. Pas encore, du

moins, serait-il prudent d’ajouter. (…) Elle a malgré tout eu des répercussions

importantes sur la littérature allemande en particulier. Franz Kafka en est

l’exemple le plus intéressant.

Les universitaires ont constaté que la technique narrative représentative de 

Kafka, où tout est vu du point de vue du héros, ou plutôt, de l’anti-héros, en

dépit du fait que l’histoire est racontée à la troisième personne, (…) a un lien 

très fort avec le roman de Strindberg Au bord de la vaste mer. »


(Et on pourra s’amuser un jour à comparer les chambres rouge de Strindberg et

bleue de Simenon…)


Bon… Mais moi, au billet du 2 décembre -- et, les 2 décembre... --, 

arrivant sur l’île de Fehmarn dans la nuit, cet automne, j’étais un peu 

entre Strindberg et Kafka, pourrait-on dire : Au bord de la vaste mer mais – 

c’est le début du Château (traduction d’Axel Nesme) :


« Il était tard dans la soirée lorsque K. arriva. Une neige épaisse recouvrait le

village. La colline du château était invisible (…) »


Bon… Il est vrai… Qu’est-il venu foutre là ?



Nils Blanchard




 

P.-S., triche. Pas pu ajouter, la dernière fois, les étiquettes de Libération et de

Frédérique Roussel. Il était question d'anges.


lundi 5 décembre 2022

1922, un livre de gravures d’Anders Zorn

C'est un livre allemand, édité à Dresde. Après la traversée de l’Allemagne… Traversée d’un siècle, en quelque sorte.


Dresde, alors, était à vingt-trois ans de ce bombardement particulièrement meurtrier… Là n’est pas la question.
Elmar Krusman avait un an, et mourrait vingt-trois ans plus tard.
Là n’est pas la question non plus. Ou… tout est question…
Mon grand-père en avait vingt-sept.
Ce livre est de de ceux qui restent de sa bibliothèque en Suède. Un livre bleu. À peine plus tout à fait neuf.




Axel Romdahl, lui, on lit sur Wikipedia qu’il était un historien de l’art, directeur de musée… Qu’il avait aimé Göteborg…
Bon. Mais, Anders Zorn, qu’on connaît bien, entre autres, pour ses paysages de bords de mer, ses filles qui se baignent – archipel du Bohuslän ? De Stockholm ?

Allez…





Anders Zorn a été en Estonie, aussi. Comme l’explique Felicia Markus, dans son livre sur les Esto-Suédois (Living on Another Shore – Early Scandinavian Settlement on the North-Western Estonian Coast, Université d’Uppsala, 2004), il avait accompagné en 1905 Albert Engström et Axel Gallén – en fait Akseli Gallen-Kallela…, à propos duquel on a évoqué (bien rapidement…) une exposition [c'est ici...] à Paris récemment… – en Finlande et en Estonie…

« Ils firent une étape dans la lointaine et petite île d’Odensholm (…) là, ils rencontrèrent une étrange communauté, qui vivaient d’une manière assez primitive, et qui parlaient suédois bien qu’ils appartinssent à la province russe d’Estonie. »

On reparlera de cette visite du point de vue d’Engström (et, je l’ai peut-être déjà dit quelque part, il faudra aussi reparler de cette petite île d’Odensholm, du point de vue, entre autres, d’un soldat alsacien de la Wehrmacht, qui y a été stationné quelques mois…)
Un extrait de son récit (tiré d’un article sur cette équipée dans le Kustbon de septembre 1993. Je me trouvais quant à moi alors en Finlande, totalement ignorant de l’existence des Esto-Suédois juste de l’autre côté du golfe…) :

« Efter några få timmars sömn gingo vi i land igen för att dra ut kvadratroten ur Odensholm. Och det blev en fest for oss – kanske mest för Zorn. Han kände sig förenad med öborna genom något mystiskt blodsband. Han beundrade deras stolta hållning och rättframhet. Hos dem fanns ingen slavkänsla, sade han, och ändå hade de varit ryssar så länge. »

« Après quelques heures de sommeil, nous sommes retournés à terre pour prendre les dimensions d’Odensholm. Et ça a été pour nous une fête – particulièrement pour Zorn. Il se sentait lié aux habitants d’une sorte de mystique communauté de sang. Il admirait leur maintien altier et leur franc-parler. Nulle trace de sentiment esclave, chez eux, disait-il ; lors qu’ils avaient été russes si longtemps ! »


Nils Blanchard


N.-B.: Je ne suis pas le seul à avoir mêlé Christian Bobin aux anges ; c’est aussi ce qu’a fait Frédérique Roussel, le 25 novembre dans Libération, intitulant son article : Christian Bobin aux anges.

vendredi 2 décembre 2022

Traversée de l’Allemagne (3)

En Allemagne, je m’étais arrêté pour dormir, tout au Nord. À Strukkamp, au sud de l’île de Fehmarn, dont j’atteignis l’adresse de mon auberge grâce au GPS. Nuit noire ; peu de lumières.


L'image : troisième de couverture du magnifique roman (et on y reviendra) David, d’André Dhôtel. Éditions : L’Arbre vengeur. Au premier billet sur cette traversée de l’Allemagne, avait été évoqué Le musée noir de Mandiargues...

Or, l’Allemagne ; tout là-haut.
Nuit noire donc, un de ces endroits peut-être où l’on a la bonne idée d’utiliser parcimonieusement l’éclairage – pour voir les étoiles ? (Voir, vaguement à ce sujet, l’article du blog « Le SauteRhin », du 20 novembre.)
Passage d’un lièvre devant ma voiture au pas.

Dîné dans un restaurant désert, à deux kilomètres de là, près d’un camping où ce n’est pas un lièvre qui a surgi devant mes phares, mais un garçon à vélo comme sorti de nulle part, faisant des tours sur l’asphalte invisible.
Près de la mer, qu’on ne voyait pour ainsi dire pas.
Qu’on devinait, partout, jusque dans l’ambiance estivale du restaurant. Pour peu, il y aurait eu encore des traînées de sable par terre.
Réminiscences d’autres vies. Là, très proches, et comme inaccessibles.
Humeur un peu morose.

Et je tombe sur ce passage dans le blog de « Sandra skriver » :

« En sen kväll, ja, det är ju redan natt, har jag svårt att sova för ångesten som surrar inombords. Då smyger jag fram till bokhyllan och läser sedan omsorgsfullt Pannkakstårtan (…) » 

« Le soir est déjà avancé, oui, c’est même déjà la nuit, j’ai du mal à dormir, du fait d’une anxité qui ne me lâche pas. Du coup, je me glisse vers la bibliothèque et me mets à lire avec application Pannkakstårtan [Le gâteau à la crêpe ; livre illustré pour enfants de Sven Nordqvist, mettant en scène un homme un peu foutraque et son chat…] (…) »

Là, l’Allemagne, on était tout au bout. Déjà au-delà, la Scandinavie de l’autre côté de la mer.

Le vent de la nuit, de Philippe Garrel - Capture d'écran 

Et ça me fait penser à des traversées (des passages en tout cas) en Allemagne, dans des films. J’en ai au moins deux à peu près en mémoire.

Le premier, souvenir vague ; Le vent de la nuit. Daniel Duval, ombrageux. Au volant d’une Porsche, rouge. À un moment, son personnage et son acolyte traversent l’Allemagne ; il y a un différend quelque part – une station service ? On y est parfois très mal accueilli… – L’acolyte ressort des arguments d’un autre temps.
Catherine Deneuve, aussi, dans ce film de Philippe Garrel.
Ne me demandez pas l’année. Autre temps ?

Aime ton père, de Jacob Berger - Capture d'écran

Puis cet autre film où un personnage joué par Depardieu se voit récompensé du prix Nobel de littérature. Décide d’aller le chercher en moto.
Il a une fille (Sylvie Testud), un fils (Guillaume Depardieu)…
Eux prennent la voiture ; c’est compliqué…
Sur le bateau, la fille saute. Son frère plonge et la récupère…

Alors là, pardon, mais j’y pensais, sur le pont du bateau ; ce n’est pas possible : le temps que le frère plonge, le bateau a déjà avancé de cent, deux cent mètres… Il faut déjà nager cette distance avant d’aller repêcher la sœur qui a coulé à pic…

Aime ton père, film de Jacob Berger ; 2002.
Je ne sais plus s’ils posent le pied en Suède.


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...