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vendredi 21 août 2026

On est en train / Pas qu’à Strasbourg / Vaguement

On est en train de faire de l’homme une sorte de prolongation d’objet. Les contacts (en un lieu, il est vrai, comme la gare de l’Est) sont « technologiques » – technologie de mercadence, pour ne pas dire de bazar, mais peu importe – avant que d’être humains.

NB - Gare de l’Est, 10 août 2026

 Première partie : en-train / en gare

Raté récemment un train à Paris. Évidemment, c’est ma faute. Bon, mais je cherche un guichet pour remplacer mon billet. Je pense avec une sympathie non dénuée de léger agacement (il exagère…) qui n’a pas de smartphone (ni d’internet) et affirme ne plus pouvoir prendre le train du fait de l’absence de guichets dans les gares (il se sent incapable d’utiliser les « bornes » de et autres machines diaboliques en gares…)
Oui, je me disais qu’il exagérait ; Paris n’est pas Strasbourg ; on devait pouvoir trouver encore des guichets dans les gares parisiennes (du reste, on en trouve encore à Haguenau). J’en doute désormais ; pas à la gare de l’Est, en tout cas.
J'en cherche donc un, de guichet, et me retrouve, après avoir suivi une signalétique imbitable, devant des portes automatiques gardées par des employés de la SNCF en uniforme, qui ne peuvent rien faire d’autre, après avoir fait attendre, que d’indiquer des postes informatiques, dont le « contenu » est semblable absolument à celui des « bornes » en gare.

NB - Gare de l’Est, 10 août 2026

Qui plus est, je suis « pris en charge » par une jeune employée (job d’été) aussi aimable et efficace qu’une tanche.
Une autre employée, un peu plus âgée (plus aimable aussi), de m’expliquer que mon billet ne peut être changé en gare car il s’agit d’une correspondance (le tronçon Paris-Strasbourg était une partie d’un billet Angers-Strasbourg). Elle me donne une carte pour contacter le « service clientèle ».
Las, la carte ne contient pas de numéro de téléphone ; seulement un « QR code » et une adresse de site internet. Or… Je n’ai pas de smartphone !


Rentré chez moi, je me rendrai compte de toute façon que toute demande ou réclamation est impossible sans faire partie d’une sorte de clan…



Bon, cent euros de ma poche, pour me retrouver dans un deuxième classe sale où j’ai à peine la place de m’asseoir (la place du train que j’avais ratée était en première ; j’avais assez perdu de temps à la réserver sur internet…), au milieu d’aliens*.

[* Un alien, nom commun ici généralement employé au pluriel. Il désigne des gens plutôt jeunes, ayant quasiment en permanence des écouteurs sur les oreilles et un écran sous les yeux. De par cette situation, ces personnes évoluent comme des fantômes au milieu des autres gens. Étrangement, sans se concerter ni se connaître, ils sont souvent en petits groupes semi-agglomérés.]

Bon, mais entre-temps, j’avais une heure trente devant moi. J’en ai profité pour aller voir les baignades du canal Saint-Martin. (Encombré de ma valise, sans maillot, je ne pouvais en profiter moi-même, mais… j’ai dit déjà quelque part que la mer me manquait. Vague succédané…)
À certains moments, malheureusement, rattrapé là par je ne sais quelle inhumanité : des imbéciles diffusent çà et là à pleins décibels une espèce de « son » – sous-merde sonore, pardon – actuel.
Quelque chose que je croirai vaguement entendre à travers le gazouillis du casque mal réglé d’un des aliens du train, un peu plus tard.

Alfred Gaspart, Baignade - Capture d’écran.
Bon, ce n’est pas le canal St-Martin, mais…

Seconde partie : Hillevi Norburg, Gracq et car



Bien, j’aimerais que ces inquiétudes technologiques, appelons ça comme ça, soient moins présentes en ce blog. Mais…
Sauvons-nous un peu. Il se trouve que j’ai retrouvé le livre d’Hillevi Norburg dont il a déjà été question dans ce blog : Messalina. En février 2023, j’avais parlé à son propos d’Hervé Bazin ; j’aurais du reste plaisir à reparler d’Hervé Bazin en ces lignes.

Mais aujourd’hui, c’est plutôt Julien Gracq qui me viendrait à l’esprit, à cause d’une longue nouvelle posthume parue récemment : La Maison. On y lit dès la première page : « En ce temps-là, qui était celui de l’occupation allemande, je me rendais presque chaque semaine de V… à A… par l’autocar fourbu, enfermé, surpeuplé qui les reliait encore (…) »
En fin de volume, Maël Guesdon et Marie de Quatrebarbes précisent dans leur postface que les deux lieux sont Angers et Varades.
On y reviendra, même si ça n’a pas grand-chose à voir avec ce qui précède, hormis le fait de partir ou revenir à Angers, mais on tourne décidément autour de thèmes (maisons, guerre…)

Toujours est-il que je revenais d’Angers, lors de ce voyage en train à la correspondance ratée. Et à Angers, je m’étais amusé à retrouver la vue d’une gravure de J. Y. Ducourtioux. Du fait de la chaleur (?), une espèce de mousse verte s’était formée sur la Maine où évoluaient deux beaux cygnes.

Gravure de J. Y. Ducourtioux, (1945 ?)

NB, Angers, on voit que le pont a été refait…

Eh, mais les « QR codes », comptes client et autres muskineries, ne sont décidément pas le style de ma maison. Je pense à ça du fait de ces tentatives d’ingérences d’un patron (entre autres) américain de « réseau » « social » dans la politique française, en l’occurrence contre Marine Tondelier (qui, au moins, n’a pas cette bêtise crasse d’être « climatosceptique »).


Nils Blanchard

On est en train / Pas qu’à Strasbourg / Vaguement

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