mardi 15 novembre 2022

Rééditions dhôteliennes – Allez, mettons quatre, cinq…

 Quel rapport avec les Suédois d’ailleurs ? Je ne sais trop… Si ce n’est – on en reparlera – que Dhôtel a préfacé Selma Lagerlöf, que j’ai pu trouver quelque similitude avec Edith Södergran, que des moins récentes rééditions que celles de cette année, en Folio, ont été illustrées avec des tableaux de Nils Nilsson…


Pour commencer, il y a cette réédition de ce qui est sans doute la première 

nouvelle d’André Dhôtel publiée (comme le note Roland Frankart en postface).

Elle parut d’abord au Petit Journal, en 1937.

Ce sont les Éditions Lettres Vives qui ont fait reparaître ce beau texte ;

collection : Entre 4 yeux.

On s’est interrogé récemment ici sur la présence du mal dans les contes de 

Dhôtel (tout en ayant, et par ailleurs, repéré la présence passablement

entêtante de la guerre, certes en arrière-plan). « Histoire sentimentale » n’est

-elle pas, justement, l’intrusion diabolique d’une certaine modernité qui vient

chambouler la vie de deux jeunes et bien sympathiques branleurs ? Ils 

« gagnent » du temps dans leurs tournées, mais perdent autant de

communication, entre eux, avec les paysans le long des routes de campagne,

avec qui la lenteur ancienne de leurs déplacements permettait des

conversations… avec la nature tout simplement. Maléfique, cette modernité ?

La nouvelle se termine sur l’évocation nostalgique de leur ancienne guimbarde

hors d’usage :


« Ils évoquèrent l’image d’une triste ferraille, qui sentait le roussi, gisant dans 

la nuit printanière à la lisière d’un petit bois. » (Je souligne.)


Il s’agit de leur ancienne camionnette qu’ils ont dû remplacer par un nouveau

véhicule, après une panne non dénuée de diablerie, panne à l’issue de 

laquelle, qui plus est, les deux compères sont d’abord « emplis d’une joie

profonde, s’étant, par surcroît, attardés dans deux ou trois auberges »… Allez,

mettons quatre, cinq…


Le Vrai mystère des champignons, on a eu l’occasion de l’évoquer déjà. 

Et quant au roussi (bolet Satan…..)



David.

On doit cette réédition, magnifique, aux éditions de l’arbre vengeur. Là!

Pour toutes sortes de raisons je n’avais pas lu, jusqu’ici, ce roman qui

m’attirait pourtant beaucoup.

Il m’attirait d’abord, parce qu’il a été publié une première fois grâce à Florence

Gould (après avoir été refusé par Gallimard et avant d’entrer aux Éditions de

Minuit). Ensuite, et entre autres, parce que Matthieu Galey l’évoque ainsi

dans son journal, le 11 novembre 1957:


« Il est une heure du matin (nous sommes donc le 12). En montant me coucher 

j'ai ouvert David, que j'avais commencé il y a quelques jours sans

passion. Impossible de m'en arracher avant la fin, englué par cet univers de

trouble et de féerie. Je n'avais jamais compris la vénération respectueuse de

mes amis pour Dhôtel; je la comprends mieux à présent: celle qu'on peut 

ressentir pour un magicien, pour un être en contact direct avec le surnaturel. »


Matthieu Galey a raison ; on a qui plus est l’impression, avec ce roman très

« dhôtelien », d’une pièce manquante dans l’univers de l’écrivain…

Clés ouvertes : enfance cruelle de David ; lieux intemporels…

On en reparlera.


Et pour retomber sur je ne sais quelles pattes, je peux m’amuser à imaginer

que Wera von Essen, dans son Svar till D – qui est çà et là un Daniel… un

David… – ait fait un hommage – totalement improbable – à D(hôtel).

Non.

Mais en fait, David, Daniel (que le livre de Wera von Essen mélange au

premier prénom), sont étrangement présents chez des auteures récentes :

ainsi dans Messalina de Hillevi Norburg : le personnage principal. Dont on

reparlera... 

On trouve aussi un David évoqué en lien avec la Suède dans le blog que les

venisophiles connaissent sans doute; c'est ici...



Nils Blanchard


P.-S. Mettons quatre, cinq : il y a eu aussi, récemment, la traduction de 

Bernard le Paresseux en allemand, par Anne Weber – qui a aussi signé la

préface de David –, avec une préface de Peter Handke (éditions Matthes &

Seitz), une réédition de Lorsque tu reviendras, aux éditions de la Clé

à molette. Voir le site de la Route inconnue (Amis d’André Dhôtel), en lien de 

ce blog.


samedi 12 novembre 2022

Traversée de l’Allemagne (2)

(...) En Allemagne, plus loin, souvent : des embouteillages et des travaux. (…)
Il faudrait aller voir comment se passaient les voyages de Vergennes quand il alla et revint de son ambassade.

NB - Allemagne

Des voyages beaucoup plus longs, bien sûr, parsemés d’étapes.
Pourquoi est-ce que je me retrouve (nous retrouvons-nous) cerné sans cesse d’un sentiment d’urgence ?
Certes, j’avais des gens à voir en Suède, un article à écrire…

Et tenez, cette (mini) étape que j’évoquais au billet précédent : aire d’autoroute allemande, garçon dans une aire de jeu et ramasseur de feuille à la soufflerie bruyante… N’est-ce pas un peu à l’image de notre époque ? Plus personne ne balaie les feuilles, avec balais et râteaux, nous dira-t-on, notamment pas les professionnels.
Mais Lennart Erling, si (le 31 octobre dernier), dans Den långsamma bloggen : 

« Nu faller löven från gårdens alla stora, vackra träd (…) och det är dags att börja räfsa undan från gräsmattor och gårdsplan. Det har jag inget emot, tvärtom. Speciellt en dag som denna, då den gråmulna himlen äntligen spricker upp (…) Det är det slags arbete som befrämjar långsamt tänkande, kanske också ett slags glömska, en flykt från denna höst då overkligheten blivit verklighet. » 

« Voilà que nous sommes au temps où tombent les feuilles de tous ces grands et beaux arbres (…) et il est temps de commencer à ratisser la pelouse, le terrain. Ça ne me dérange pas, au contraire. Surtout un jour comme celui-ci, où le temps gris, couvert, se dégage enfin. (…) C’est un type de travail qui encourage une pensée tranquille, peut-être aussi un certain oubli, une fuite hors de cet automne lors duquel l’irréalité est devenue réelle. »

Bon. Mais à une station-service, m’est revenu mon interrogation sur la parole et le bien (et donc le mal). J’étais allé faire pipi aux toilettes, payantes là-bas ; avais-dû donc franchir un tourniquet à l’aide de ma carte bleue.
Tourniquet passé, une femme derrière moi m’interpelle. Voilée, d’origine étrangère (elle parlait allemand encore plus mal que moi), elle me demande comment on fait pour entrer. Je lui explique qu’il faut payer, puis entre aux toilettes en me disant que je lui paierai son « passage » à mon retour.
Et de retour, je la retrouve à la même place, mais en train d’écouter les explications d’un autre voyageur, en train, pour autant que j’aie compris, de lui dévider un cours sur les institutions politiques de l’Allemagne. Bref, ça bavasse… Je ne veux pas les déranger, m’en vais (pressé, aussi, je l’ai dit).
Puis je me fais cette réflexion que le voyageur bavard n’a peut-être pas eu la (petite) générosité de faire passer son attentive auditrice.
Conclusion : la parole n’est pas toujours du côté du bien… Voyez le serpent du Jardin…

NB 

Pris la route classique, traversée Puttgarden – Rødby pour aller au Danemark.
Là, dans le royaume d’Hamlet, flopée d’affiches électorales le long des routes pour les élections législatives dont les résultats – c’est la mode – ont été serrés et indécis.
Sur une affiche des « Démocrates danois », le slogan : « Les Danois d’abord ». Ce genre de billevesées aussi est à la mode. Notre monde se referme, on a déjà évoqué ça…
(Ces Danois-là n’ont-ils pas été contents, pourtant, de profiter des vaccins suédois, allemands, américains, pendant la crise sanitaire, qui auraient tout aussi bien pu être indiens ou sud-africains ?)

NB

Gabrielle Roland Walden, dans son blog  (Gabrielles blogg), le 4 novembre dernier, s’effraie quant à elle de la manière des extrême droites actuelles de s’éloigner des principes des Nations Unies, et d’abord ceux des droits de l’homme.
Ça va un peu avec ce repli sur eux-mêmes de bien des pays ; rejeter les autres, n’est-ce pas un peu se rejeter soi-même ? En géopolitique, en tout cas…

Tenez, Elseneur (Helsingør). C’est la deuxième traversée en bateau, Danemark – Suède.

NB

On y reviendra, comme je dis peut-être trop souvent.


Nils Blanchard


P.-S. – La Revue des revues, dont le numéro 68 est paru récemment, évoque 84, Vie et littérature, avec sollicitude. Archivistique négative, théologie négative… Et Bernard Baillaud de finir : « Nous en reparlerons. »
Surtout, la revue (des revues…) est pasionnante ; il y est question aussi d’Edda, du Contrat social, des correspondances Apollinaire – Salmon, Paulhan – Breton, et bien d’autres choses encore…





Enfin, à Strasbourg…



mercredi 9 novembre 2022

Traversée de l’Allemagne (1)

 Dans l’automne encore, été passer quelques jours en Suède. Pour cela, traversé l’Allemagne, ce qui m’a remis en mémoire des souvenirs d’enfance – comme à chaque fois – et d’autres réflexions, constatations.

NB

Pris l’autoroute. On se promet toujours qu’on ne procédera pas ainsi, puis on 

est pris par le temps… Un arrêt, après Kassel, où je ne suis pas retourné voir

les Savery, Rembrandt, vases grecs en ce château prisé par Mandiargues… Voir

ici. (Le blog « Ma plume fée dans Paris », déjà évoqué, parle aussi de

Mandiargues en lien à un article publié peut-être deux jours après ma

traversée allemande, dans  un ancien article d’octobre 2015, sur le square

Georges Cain, en face de l’Institut Suédois… :


« Dans le Musée Noir (1946), l'auteur surréaliste André Pieyre de 

Mandiargues (1909-1991) écrit, au sujet du square : « Il s'agit d'une sorte de

jardin tzigane ou parfois les séraphins s'exaltent, et parfois les démons, où ne

s'ouvrent parfois les grilles que sur un décor silencieux et vide devant lequel

s'érige, avec autant de présence que dans un désert roux, la silhouette et les

monolithes depuis trente siècles éclatés, l'attente, cette cathédrale morose

hantée par le solitaire. » »)


L’article initial, du 28 octobre 2022, portait sur la magnifique sculpture qui orne 

ce square, Île de France, de Maillol… – Maillol dont il fut question aussi là...)


Bref, à cet arrêt, petit square de jeu pour les enfants où jouait vaguement un

garçon esseulé, rendu peut-être d’autant plus pusillanime du fait du vacarme

d’une souffleuse de feuilles actionnée par un employé (de l’autoroute?) Cela, à

quelques pas de cette vue, à la fois proche et inaccessible.

Paradis interdits des paysages d’autoroute…


NB


Or donc, souvenirs d’enfance ; voyages en voiture vers la Suède en famille.

L’Allemagne était un peu le « domaine » de mon père, qui aimait (aime)

beaucoup ce pays, pour toutes sortes de raisons… La Suède, ma mère en est

issue.


Souvenirs de chansons, aussi… Patricia Kaas, D’Allemagne… Je me suis

toujours interrogé sur ces paroles, de Didier Barbelivien et François Bernheim,

« Je sais où s’arrête l’indulgence ». À quoi est-il fait allusion, là ?


Mais quand j’étais enfant, j’avais « imposé » ma cassette de Pierre Bachelet.


« C’est drôle d’être réveillé en pleine nuit

Et de se dire que la paix est finie…


Souvenez-vous, je n’aimais que vous,

Je n’aimais que vous.


Puis ils ont occupé la préfecture

Tué quelques otages le long d’un mur

C’étaient des paysans, un charpentier,

Et la femme du petit vieux d’à côté... »


C’est du par cœur, et je pourrais continuer ; paroles de Jean-Pierre Lang.


NB


(Au passage, lors que je m’apprête à évoquer çà et là l’année (19)22, on voit 

que je roulais là à 122 kilomètres à l’heure. Clin d’œil à Alluvions…)


Mais, non, l’idée n’est pas ici de réveiller de vieux démons. J’ai parmi mes

meilleurs amis, aussi, en Allemagne. Puis la chanson de Bachelet précise :


« Mais méfions-nous qu’en y mettant des noms,

On se trompe de lieux ou d’opinions... »


Là aussi, on pourrait s’interroger : relativisme, nuance ? Par rapport à quoi ?

On a des trésors, dans notre patrimoine de variétés – qui ne lassent pas

d’interroger, et tant mieux, souvent – qui peuvent nous consoler de

certaines crasses sonores actuelles (pardon…)


Mais, l’Allemagne, traversée.

Je me souviens d’un oncle, avec qui je traversai aussi le pays, à un moment

où j’étais jeune conducteur, qui m’avertit (avec grande raison) : sur l’autoroute

allemande, il faut presque plus regarder dans son rétroviseur que devant soi.


NB


N’a-t-on pas là, dans un sens, comme une métaphore d’interrogations sur le

passé, de la mise en question de l’histoire ?

Thomas Nydahl, le 8 novembre, s’interroge au début de son billet du jour :


« Vad väntar oss framöver? Det vet vi absolut ingenting om. Det är därför vi 

påstår oss lära av det förflutna. Ändå är också det något vi dåligt förmår. Hur

tydliga måste tecken vara för att man ska ta dem på allvar? »


« Qu’est-ce qui nous attend plus loin ? On n’en a strictement aucune idée. 

C’est pourquoi nous prétendons apprendre du passé. Cependant, ça non plus,

on ne le maîtrise pas bien. Et de quelle précision doivent être les traits pour 

qu’on les prenne au sérieux ? »


Plus loin, sur l’autoroute allemande, souvent, des embouteillages. Et des travaux.


NB




Nils Blanchard



P.-S. ¤ Ulf Kristersson rentré de Turquie... On reparlera, de ces histoires de

neutralité...

La Suède va-t-elle "lâcher" les Kurdes de Syrie? (Il est vrai que ce ne sera

pas la première...)


¤ Ouverture demain à Caen du festival les Boréales ; Suède à l'honneur.


dimanche 6 novembre 2022

(Suite de l’)Aventure

 Après mes mésaventures ferroviaires strasbourgeoises, je suis quand même arrivé à Paris (puis de là à Angers).

NB- jardin Villemin

Pas grand rapport avec ce qui suit, même s’il y avait en cette mi-octobre à 

Paris (et ailleurs) cet automne passablement « britannique » qui ne laisse

quand même d’interroger sur notre capacité à oublier le grand foutoir 

climatique que nous vivons, que nous avons, très vraisemblablement, créé.


Et j’aime bien ces parcs parisiens où l’on se repose entre arbres, fleurs, 

enfants qui jouent et vagues SDF. Rats aussi -- ou, là, un écureuil ? --, qui, 

transposés aux murs près de… la rue Payenne de l’Institut suédois, ont la 

bonne idée de prêter secours aux chats…


NB - Paris, mai 2022

En attendant, puisqu’il a été question d’automne ces derniers temps, un auteur 

qui arrive ici, sans doute, comme un chien dans un jeu de quilles. Diplomate

aux sympathies trop germaniques pendant la Seconde Guerre mondiale, 

homme de vitesse et parangon, peut-être, de la « société liquide »

conceptualisée par Zygmunt Bauman… il n’en reste pas moins une grande 

plume. (Il m’intéresse pour des raisons un peu trop éloignées des thèmes de

ce blog, que j’aurais du mal à intégrer ici…)



Mais, feuilletant une reproduction des revues (presque) post-dada Aventure

(trois numéros en 1921-1922 initiés par Marcel Arland – déjà plus de cent ans

donc!) je suis tombé sur ce poème de Paul Morand, dans le numéro 2

(décembre 1921) : Progrès de l'automne







C’est pas mal, non ?



Nils Blanchard



P.-S. : Oublié de préciser que 1921 est aussi l’année de naissance d’Elmar

Krusman. Plus d’un siècle, donc.

Pierre Soulages, mort très récemment, était né exactement deux ans avant.

Des pommes / Tribulations

S uite… appels, rappels… La seule solution pour régler mon problème semble être d’appeler le commerçant auquel les arnaqueurs ont passé des...