Quand on entre dans la culture grecque, écrivais-je au dernier billet, on n’en sort pas tout de suite.
Porte ouverte.
Bon, mais alors, entrons !
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| Bertel Thorvaldsen, Homère - Capture d’écran |
Le blog Alluvions de Patrick Bléron, et ce n’est pas exceptionnel, nous régale depuis plusieurs semaines d’articles passionnants. Là, deux thèmes, comme parallèles, qui s’entremêlent : une pérégrination autour des Journaux (de guerre) d’Ernst Jünger et Jean Guéhenno ; une sorte d’Odyssée autour du personnage de Tirésias.
(Bon, de Tirésias, on reparlera sans doute, plus tard – c’est qu’on a l’impression, en ce moment, que Tirsésias est partout.)
Et là dedans, quand on rentre d’une assemblée générale où l’on a réfléchi aux prochains Cahiers Dhôtel possibles, qu’on a visité une bibliothèque reconstruite dans l’entre-deux-guerres par les Américains à Reims… on se surprend avec les poches gonflées de mots et de thèmes ramassés le soir, en se reposant (vaguement) devant l’ordinateur en quelque « promenade chien » – comprenne qui voudra…
Et devant l’écran, ce blog, et ces derniers articles d’Alluvion.
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| Louis Hector Leroux, Homère - Capture d’écran |
Par leur intermédiaire, on lit le 16 mars des mots de Yannick Haenel : « Ulysse, qui invoque les morts, qui les écoute, est l'éclaireur de la littérature, celui qui s'est sacrifié pour nous montrer le chemin des aventures étranges. »
Puis, Arthur Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons. »
De là, retour à Yannick Haenel : « Rimbaud, poursuit-il, vient de là, comme Dante. Il vient de la Nekuia d'Ulysse, de cette brèche insensée qui déchire la cohésion du monde. »
De là… Dhôtel. Professeur par ailleurs de lettres et maîtrisant les grecs (ancien et moderne), André Dhôtel ne pouvait beaucoup ignorer Ulysse. Puis il a beaucoup écrit sur Rimbaud, avec qui on affecte de laisser dire qu’il avait une lointaine parenté.
Mais il était, quand même, surtout romancier. Dans ses romans, interviennent sans cesse pour ainsi dire des « déchirures », « interstices », « décalages », que sais-je encore, dont les articles des bulletins et cahiers de la Route inconnue (excellents bien sûr) sont farcis, au point que lesdits cahiers et bulletins devraient plutôt avoir la forme de confettis qu’autre chose.
Mais. À cette dernière assemblée générale (Reims, bibliothèque Carnegie, etc., était présent aussi André Murcie, qui a écrit cet article étrange dans le cahier n° 22 La guerre, le mal (2024). J’en ai déjà parlé : pour lui ces interstices ne sont pas des symboles, mais des séparations réelles – et quant à leur rencontre… – entre des personnages situés à des rives opposées ; vie et mort…
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| Jean-Baptiste Corot, Homère et les bergers - Capture d’écran |
Mais ce n’est pas fini. Pas plus tard que le 24 mars, à propos du nouveau film de Xavier Gianoli sur Jean Luchaire, j’ai comme l’impression de clins d’œil incessants à diverses de mes recherches, dont « Suédois d’ailleurs » se fait parfois, plus ou moins maladroitement, l’écho. Vous pouvez prendre appui sur l’index, à droite…
Dans cet article, donc, on parle de tuberculose.
Puis plus loin, via Maurice Garçon (j’ai un souvenir moins enthousiaste que celui de Patrick Bléron sur ce diariste), Germaine Beaumont (grande amie de Dhôtel – pas encore évoquée dans le blog ??) Puis… Aristide Briand. Je lis diverses choses sur ce dernier, aussi, ces derniers temps… sans grande sympathie je dois dire. Juste avant la Première Guerre mondiale, Guillaume II l’avait convié à venir discuter, à l’occasion de courses nautiques. Briand déclina, ce ensuite pour pleurnicher (et jouer à l’européiste) après 1918 sur l’horreur de la guerre. Mais qui l’avait laissé se déclencher, cette guerre ?
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| Paul Jourdy, Homère chantant ses vers - Wikipedia |
Bon, mais Germaine Beumont. Tenez, sur le printemps (Si je devais… au Dilettante ; recueil joliment présenté par Hélène Fau), page 66 :
« Inexplicablement allégé de ses peines, le martyr de la IIIe République qu’on nomme le piéton et qui ne circule qu’entre les instruments de sa passion, le bâton de l’agent et les clous du sol parisien, le piéton, cet ilote sans ivresse, s’évade enfin du sens unique, lève la tête au mépris du danger, et perçoit soudain, entre le nuage rond et le premier thyrse des marronniers, le sens éternel des chemins qu’il ne suivra jamais. »
Bon, mais sous la Ve République, les instruments de la passion du piéton seront surtout le vélo (électrique, comme celui sur lequel était perché le nouvel élu maire de Paris, au milieu de son troupeau de bobos) et la trottinette…
Nils Blanchard











