lundi 3 août 2026

Fuir ?

Comme je le notai en réponse à une précision (commentaire) au billet « (Konstiga) sommar dagar », je suis revenu il y a peu d’une marche en Auvergne, autour de lacs, jusqu’en haut du Sancy.

NB - Auvergne

J'avais emmené notamment (on ne promène pas toute une bibliothèque dans un sac à dos ; du reste, des bibliothèques, on peut en voir dans tel gîte ou hôtel d’étape – dans un sur trois, à peu près, j’ai remarqué…) Encabanée, de Gabrielle Filteau-Chiba.

Chez Filteau-Chiba, je retrouve mes chanteurs-poètes québécois. Après Félix Leclerc, dès la page 33 :

« () je tourne les pages de Gilles Vigneault et me délecte du bruit du papier entre mes mains sablées, de l’odeur des vieilles reliures et du temps qui m’échappe enfin. Dehors, il fait noir comme chez le loup. »



Le temps échappe, change, dans une marche de près de dix jours, en excellente compagnie… On perd de vue, plus ou moins – quelques échos de ci de là – l’actualité. Et au moment de repartir, au dernier jour (celui du Sancy, justement…) de Picherande, la formidable hôtesse du gîte que nous quittons (avec bibliothèque…), Aude, de nous prévenir d’odeurs de fumées qui viennent des environs de Bordeaux.
De Bordeaux !
Et nous sentons ces fumées en effet ce matin-là (28 juillet dernier).

NB - Auvergne, vers le Sancy

Alors, je ne peux m’empêcher de me dire, face aux catastrophes (annoncées!) qui s’accumulent… vraiment, quelqu’un qui déclarait :

- (en 2012, source Libération), qu’elle « n’était pas sûre que l’activité humaine était la cause principale du réchauffement climatique », en 2023, que « le GIEC a toujours été alarmiste »… (Marine Le Pen.)

- (en 2026, en meeting), qu’« il y a une écologie de droite, et nous ferons cette écologie-là, qui sera une écologie du bon sens, qui ne punira pas, qui ne dénoncera pas, qui n’interdira pas (…) », blabla creux applaudi par des militants « républicains » persuadés d’être des victimes harcelées par une écologie « punitive »… (Bruno Retailleau.)

...pour ne prendre que deux exemples (il est vrai… pardon de tirer sur des ambulances… Mais il semble que certains citoyens soient fascinés par leurs gyrophares…)

Quelqu’un de la sorte, donc, peut-on décemment imaginer que cette personne ose se présenter aux élections présidentielles ?

Votre serviteur sur le Sancy (NB)

Fuir tout cela, dans les paysages de l’Auvergne (votre serviteur), dans une cabane d’hiver dans le Kamouraska (G. Filteau-Chiba)… Fuir ?

Mais Anouk, la double-narratrice de l’auteure, rencontre un militant qui se bat notamment pour « freiner l’expansion des sables bitumineux et de protéger les cours d’eau d’un déversement [lors de leur transport peu sécurisé...] » (P. 90.)

Sables bitumineux, solutions miracles pour bricoleurs au mieux inconséquents, au pire…
Je n’aime pas ces comparaisons, mais on en arrive, étrangement, à un thème de mon Elmar Krusman ; le camp de concentration annexe de Bisingen était dévolu à la tentative d’extraction de gaz de schiste…


Nils Blanchard


Aussi, plus ou mons en relation avec la fuite… Annonce de conférence de Jörgen Hellman, le 25 août prochain à Jönköping et Mullsjö. C’est sur le site de la SOV, en lien de celui-ci. Il sera question de l’arrivée, à l’été 1929, d’immigrants aux origines esto-suédoises de Gammalsvenskby à Jönköping… On y reviendra… (Sur Gammalsvenskby, voir l’index, à droite ; il n’y a qu’à cliquer...)
 

Nrrivée de migrants de Gammalsvenskby à Jönköping, août 1929 ;
Nordiska Museet Digital Museum


mercredi 29 juillet 2026

Vie d’auteure / ancien blog découvert récemment – Ville et campagne

Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens.
Je ne le mets en lien de celui-ci notamment… parce qu’il est anonyme, peut-être – je ne sais même pas si son auteur est… une auteure… Plutôt un auteur…

NB – Londres, avril 2026


Je suis donc tombé sur ce blog, et sur une série d’articles autour de novembre 2018 (le blog, toujours en activité, court depuis décembre 2013…), sur une vie à Londres, les refus d’un manuscrit…

Londres, alors ; j’en revenais, ça tombe bien… (Et aimerais y retourner assez vite… Mais il y a aussi tant de choses à faire à Paris avant… puis il y a aussi… tant de choses à ne pas faire… D’aucuns parleraient de flemme (moi-même, en certaines circonstances), d’aucun d’atavisme méditatif…)

Puis, un titre d’article, le 14 novembre 2018 : « Att refuseras ». Voilà qui nous ramène à un sujet exploré ici aussi… Le billet commence de la sorte :

« Jag suckar över refuseringarna som trillar in en efter en, några standardiserade och intetsägande i sina Tack, men nej tack. Andra positiva och uppmuntrande, men refuseringar likväl. Ett förlag skriver att det var ett av de bättre manus de någonsin refuserat, att det inte var ett enkelt beslut. »

« Soupir, devant les lettres de refus qui se pressent l’une après l’autre, standardisées et sans sens dans leur Merci, mais non, merci. D’autres, positives, encourageantes, refus néanmoins. Un éditeur écrit que ça a été l’un des meilleurs manuscrits qu’ils ont jamais refusé, que la décision n’était pas facile. »

Je pense soudain à Paulhan, aimé et détesté des auteurs, qui dans une même missive – de refus… – pouvait placer le destinataire au plus haut, pour ensuite avancer quelque détail qui rendît le livre temporairement impubliable.
Ainsi refusa-t-il David d’André Dhôtel, qui fut publié quelques années plus tard par Florence Gould (Paulhan à la manœuvre, du reste), puis l’année suivante par les Éditions de Minuit, puis, puis…

Dhôtel écrivait à Florence Gould, en août 1946 (« Les Perroquets déplumés », présentation et notes des lettres d'André Dhôtel à Florence Gould par votre serviteur, 1946 - 1955, publiées dans La Route inconnue, n° 39 de mars 2015, pages 30-43) : « Nous sommes venus passer nos vacances à Provins, et aussitôt que je quitte mon travail nous filons dans la campagne. C’est une campagne qui ressemble par endroits à la Champagne avec des déserts de céréales et des espèces de lieux qui ne ressemblent à rien justement. Mais il y a aussi des bois plus frais que ceux de la Champagne.
Il m’arrive souvent de songer à David et de retrouver cette joie que vous m’avez donnée en accueillant ce livre et en le lisant avec votre franche attention. »

Florence Gould, années 1940 - Capture d’écran

Mais revenons-en au blogueur anonyme, novembre 2018… (Dire que ça fait plus de dix ans que j’ai transcrit ces lettres d’André Dhôtel à Florence Gould!)

Et la campagne. Quelques jours avant le refus, le 5 novembre 2018, Libertin commence un article de la sorte : « En helg på landet. Jag hälsar på Laura och Tim som hyr ett hus utanför Glastonbury. Promenerar över fälten, längs smala landsvägar, upp på Glastonbury Tor. Utsikten. Himlen hög och transparent. Återvänder till huset. Tänder en brasa i den stora spisen, raggsocksfötter, ylletröjor, rufsiga frisyrer. Ett ständigt tedrickande. Djupa andetag. Skratt. »

« Un congé à la campagne. Je rends visite à Laura et Tim qui louent une maison près de Glastonbury. Promenades dans les champs, dans des petits chemins, jusqu’à la tour. La vue. Le ciel haut et transparent. Je reviens à la maison. On allume un feu dans la grande cheminée, bonnes chaussettes, pulls en laine, cheveux décoiffés. On enfile les tasses de thé. Respirations. Rires. »

Puis le lendemain « Train of thought » : « Jag åker tåg och lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Utanför är det kolsvart novembermörker och jag är på väg hem. Det känns som en metafor, att resa i mörker. Destinationen höljd i skuggor, framtiden, oöverskådlig. Världspolitiskt, inrikespolitiskt, personligt. Att inte ha en aning. Tänker på levande ljus. Köper en silverljusstake i second hand-butiken på George Street. Tänder stearinljus i mörkret. Lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Alltid på Ashley till If you need to, keep time on me. Hennes glödande blick. Eld i bröstet. Alltid den där elden. Hur den jagar och värmer. »

« Je suis en train et écoute les Fleet Foxes. Je pense à Ashley. Dehors, la grande obscurité de novembre et je suis en route pour la maison. Ça a quelque chose d’une métaphore, de voyager ainsi dans le noir. La destination est enténébrée, l’avenir impossible à discerner. Politiques internationale, intérieure, personnelle. N’avoir aucune idée. Pourquoi pas des bougies ? J’en achète dans une boutique d’occasions sur George Street. Je les allume dans l’obscurité ; écoute les Fleet Foxes ; pense à Ashley, à Ashley, toujours, jusqu’à If you need to, keep time on me. Son regard scrutateur. La poitrine en feu. Toujours ce feu. Comme il poursuit et réchauffe. »

Voyager dans le noir… N’est-ce pas une belle image de vie d’écrivain ?


Nils Blanchard


Ajout d'étiquette du dernier billet: Albert Camus.


mercredi 22 juillet 2026

Des barbares, et de thèmes qui reviennent

Néopuritanisme, maastrichtlisbonnisation, racisme ou xénophobie… vaguement en lien à l’explosion d’un équilibre (il était précaire, après tout) d’après guerre froide, reviennent dans ce blog des thèmes qui, sans trop simplifier, rejoignent une certaine vision de la Cité.

Éphèbe d'Agde - Capture d'écran

C'est ce que je me disais en lisant un article d’Argoul, qui a le mérite de vulgariser régulièrement diverses lectures, à sa sauce certes, qu’on accommoderait pas toujours exactement de la même manière…
Il était question là du mot « barbare » chez les Grecs anciens, à travers le Dictionnaire du paganisme grec de Reynal Sorel.

« Être barbare, c’est avant tout parler barbare. Les Grecs étaient fils de la lumière et, comme Apollon aimait trancher, ils accordaient une grande importance au langage articulé, messager de la parole nette. Comme dit Thésée chez Euripide, cette façon de parler en mots distincts fait l’humanité. Elle la différencie de la bestialité selon Isocrate. Mais, si le barbare est incompréhensible, il peut être assimilable dès lors qu’il fait l’effort d’apprendre la langue grecque. (…) De plus, le barbare est perfectible s’il adopte la culture grecque, selon Isocrate, qui parle en vers -380. On appelle Hellène plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous, dit Isocrate dans son Panégyrique. »

Voilà pour le racisme ou la xénophobie, ou une certaine forme d’antisémitisme raciste : la cité, civilisée, n’est pas ce qui rejette l’autre de par ses origines, sa couleur de peau, ou on ne sait quels fantasmes…

Capture d'écran

Aussi, « Pour le Grec, c’est le corps qui donne sa forme aux vêtements et non le vêtement qui redessine le corps. (…) Être de lumière, le Grec aime plutôt montrer son corps, aller nu au sport et le moins vêtu possible à la ville, portant des tuniques carrées, dont certaines laissent à découvert, pour les hommes, le sein droit. »

Voilà, entre autres, pour le néopuritanisme. Est-il besoin de développer beaucoup ?

Et là apparaît soudain Camus : « Un homme, ça s’empêche », disait-il, rappelle Argoul, qui ne confond pas gens de liberté et « libertariens ».

Deux jours plus tôt, le 18 février, Thomas Nydahl évoquait Camus lui aussi dans un tout petit article de son blog : « Att lita på Camus har inget med att göra. Hos honom finner man istället argument att själv bruka i livets svåra stunder. » « Se fier à Camus n’a rien d’idolâtre. On trouve au contraire chez lui un argumentaire à utiliser, soi-même, dans les moments difficiles. »

Luis Márquez Romay - Capture d’écran

D
e là, on en arrive progressivement à ce à quoi je fais référence de temps en temps, à travers ce terme de maastrichtlisbonnisation : cette union européenne qui a donné la primeur à l’argent roi, qui confond souvent, malgré tel ou tel slogan, unité et uniformisation… Argoul : « La loi est faite pour dompter son chaos intérieur afin d’être libre. Car on n’est pas libre sous la loi de la jungle (...) » « Libre » concurrence partout, n’est-ce pas aussi ce qui amène au chaos environnemental, culturel, dans lequel on s’englue ?
Car finalement (Argoul via Reynal Sorel) : « Le barbare accepte la servitude, contrairement aux Grecs. Il est le sujet d’un Grand roi, et non pas le citoyen d’une cité. »

(Bon, mais ensuite, il faudrait s’interroger sur le sens que Jules Roy, qui fut ami de Camus, s’en sépara quelque peu au moment de la guerre d’Algérie – ou est-ce l’inverse ? –, donne au mot « barbare », lui qui a écrit des Mémoires barbares, des Amours barbares…)


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Fata Morgana, Carl Köhler, Frans Timén.

jeudi 16 juillet 2026

(Konstiga*) sommar dagar

Peut-être ai-je évoqué quelque part l’inventaire d’une bibliothèque d’écrivain, en Auvergne, ce à quoi je reviendrai vraisemblablement.
Mais lors de ce trajet vers l’Auvergne, ma voiture a eu des problèmes. J’ai dû m’arrêter fréquemment pour la laisser reposer. Ça m’a permis de me promener, travailler, même, mais de prendre aussi beaucoup de soleil et de chaleur en ces jours de canicule (début juillet).

NB - Bourgogne, juillet 2026

Alors, forcément, au retour, petit mal classique de petite insolation.

Voiture à réparer (mais il faut trouver un garagiste), qui plus est pneu à changer (j’ai retrouvé au retour de courses un de mes pneus à plat – hasard ? Tracasserie ?)
Ah, et pour couronner le tout, mon antique (et il est vrai moribond) appareil photo numérique (il devait avoir près de vingt ans) a rendu l’âme. Comment en retrouver ? On me dit çà et là que je n’ai qu’à prendre un smartphone.
Eh, eh !

Du coup, j’ai fait une croix sur quelques jours en Suède qui m’auraient fait du bien. La mer me manque !

Et, à peu près remis de mon coup de chaud, appelons ça comme ça, peut-être pas tout à fait encore, je lis le dernier article de Krickelins (Kristin Lagerqvist) : « Sommardagar » (« Jours d’été »). 
Elle est rentrée de sa maison du Languedoc (pas très loin de la côte…)
Images de ponton vers la mer (là, du côté de Varberg, après celles de la bobine et de la maison de la blogueuse), de sandales et serviettes, avant, ou après, un bain…

« Jag hörde att det var sjutton grader i vattnet då jag doppade mig efter morgonens tabata. Det var friskt! (…) Små bitar av sommarlycka att spara som fina minnen. »

« On m’a dit que l’eau était à 17° quand je suis allée me baigner après le Tabata du matin. C’était frais ! (…) Petits morceaux de bonheur d’été à garder comme bons souvenirs. »

Bon, on verra… Je trouverai peut-être la mer quelque part. Vers le nord de la France ? Un autre passé encore…
Mais c’est que j’ai à faire… entre différents papiers ramenés de l’inventaire, différents projets à finaliser.

Frans Timén - Capture d’écran

En attendant, mini (étrange) paradis dans l’enfer.
C'est proche d’une chaîne de réparation de voitures, dans une immense zone commerciale, du côté de Schweighouse. Évidemment, on laisse sa voiture là et on se retrouve avec une heure ou deux à « tuer ». On peut aller dans la grande surface proche, climatisée, avec sa galerie marchande. C’est là, je me souviens, que, l’an dernier, l’été, sirotant un café, j’avais poursuivi une étrange conversation par SMS (je n’ai pas de smartphone…) avec Asuka Kazama
Mais cet endroit improbable (mais réel) dont je parle, lui, n’est pas climatisé. Il est difficile à trouver ; une vague pancarte ; d’ailleurs, il n’y a là à peu près jamais personne.
Il faut passer une sorte de palissade de planches.
Un ventilateur (étrange, amélioré de bouteilles d’eau…) fait un office incertain.

Le couple de tenanciers, pour peu que vous l’y lanciez un peu, vous parlera du Portugal (vous en servira une bière). Quelque part vers le sud je crois, pas loin de la mer.


*étranges


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du billet précédent : Jean-Loup Trassard, Boileau-Narcejac, Observatoire André Dhôtel.

Ajout. En ces temps d’incendies, jusqu’à la belle forêt de Fontainebleau (il est vrai que là, plusieurs vilaines gens ont allumé la chose…), la lecture d’André Dhôtel – là, Les lumières de la forêt, réédité il y a quelques mois par Fata Morgana – est un délice, mais aussi un prétexte d’énervement. C’est que j’entendais encore je ne sais quel tenant des « Républicains » actuels, vouer aux gémonies les écologistes parce qu’ils sont contre le nucléaire, pour la décroissance… Dans le discours de cette personne, le nucléaire est une sorte de formule magique efficace contre tous les maux de nos temps. Espérons qu’on n’ait jamais à demander des comptes à ces gens en cas d’accident (type Fukushima) sur le sol français… Quant à la décroissance…
Mais je m’égare. Je voulais évoquer Les Lumières de la forêt à cause d’un article d’Alluvions du 13 juillet dernier, intitulé « L’Œil du sorcier », titre d’un livre de Philippe Alfonsi et Patrick Pesnot. (Au passage, ce prix a obtenu le prix Guy-Vanhor en 1973, qu’Héloïse Combes, quant à elle, a obtenu en 2019 !)

Mais, le livre est évoqué parce qu’il parle d’absence de sorcellerie dans le Berry (ça peut sembler un peu compliqué à résumer, allez-y voir…)
C'est cela qui me ramène aux Lumières de la forêt, page 68 :

« – Comprenez-vous, dit-il [un personnage qui veut raser une forêt pour construire une usine, mais évidemment les choses se compliquent], que maintenant je redoute l’immensité de cette forêt tout comme les gens des campagnes, qui font les contes que vous savez ? »

Carl Köhler, Jours sur terre - Capture d’écran

Quant aux « Républicains » actuels et autres frontistes qui il y a encore quelques mois se contrefichaient du réchauffement climatique, des problèmes environnementaux (et semblent s’en contrefiche toujours au vu de leurs réflexions), sans vouloir le politiser en aucune manière (ce serait bien difficile ; du reste peut-être en reparlera-t-on…), Dhôtel de conclure :

« Mais il est tout à fait impossible d’imaginer que la forêt cesse d’exister un jour avec ses bêtes, ses oiseaux lumineux, sa paix profonde et ses tempêtes, sans oublier ses hôtes étranges (…) »

NB

vendredi 10 juillet 2026

Maisons de rêvasserie

J'ai écrit récemment que je devrais plus me focaliser sur certains sujets, moins me disperser. En même temps, l’injonction n’est point du tout mon fait…
Il se trouve que, pour diverses raisons, je fréquente plus que je devrais sans doute ces bandes goudronnées, sans fin, dévoreuses de nature et de calme, qu’on appelle routes.

NB, Mont-de-Jeux (Ardennes), maison d’André Dhôtel.
U
ne association, L’Observatoire André Dhôtel, s’en occupe…

Je « trace »… Pas le temps de faire des croquis comme je faisais avant – pour ne pas parler de peintures de modèles rieurs.
À peine quelques notes sur des carnets, quelques mots échangés au téléphone.
Pour diverses raisons, j’ai besoin d’aller de points A à B assez éloignés. Et en route – je n’écoute quasiment plus France info et leur footballinullité, un peu des chaînes happées au hasard des ondes… quelques disques… Et parfois rien. Alors je rêvasse. Je me dis qu’il me faudrait une maison à cet endroit là, un point de chute ici encore. Il y en a une, là-bas, qui m’attend, mais c’est trop loin pour l’heure ; une autre mais encore plus loin…

Or il se trouve qu’une de ces maisons de rêvasserie – petite, petite ; d’abord parce que je ne suis pas particulièrement fortuné, ensuite parce que je ne saurais trop que faire sans doute d’une plus grande ; quand même, une pièce pour mettre des livres… – pourrait se trouver dans les Ardennes. J’y ai beaucoup pensé, au Mont-de-Jeux ce printemps ; en le quittant, pas loin – j’étais pressé, il me fallait « tracer » ; arrêt de quelques minutes… – à la sortie de je ne sais quel bourg, ce cheval pie, comme celui du Pays où l’on n’arrive jamais (évidemment) semblant me demander pourquoi je ne restais pas là simplement ; il y aurait tant de choses à visiter…

NB - Ardennes

Et voilà que, presque en rentrant, je trouve chez moi une belle (forcément : Éditions Sous le Sceau du Tabellion…) édition de Saint-Pol Roux : Poèmes de la forêt.
Voici comment l’éditeur présente la chose :

« La forêt en question c’est la forêt d’Ardennes et plus précisément, l’Ardenne belge du côté du Val de Poix où Saint-Pol-Roux (1861–1940) séjourna à la toute fin du 19ème siècle, un bref séjour qui n’en fut pas moins déterminant et essentiel et où le Magnifique sut assurément se rassembler pour partir entier vers des œuvres durables, respectant ainsi à la lettre cette profession de foi extraite de Verlaine le pâtre. (…) »

Et dans la lettre des éditions, de juin 2025, sur leur site, on trouve un croquis de la maisonnette.

On en reparlera.


Plus loin encore peut-être, sur les terre de Jean-Loup Trassard, la Mayenne. C’est là que j’avais commencé ce livre de Boileau-Narcejac.
Alors je me suis demandé si Boileau-Narcejac était traduit en suédois. Pas tant que cela apparemment ; Les Diaboliques, bien sûr.
Moins que Simenon en tout cas.

Mais vaguement entre Mayenne et Ardenne, ce serait plus sur « ma » route, peut-être : la Bourgogne, Vezelay. Là : Jules Roy. Tenez, sa Lettre à Dieu (Albin Michel, page 75), en pleines diableries peut-être ?

« “Il a retrouvé sa maison et Vezelay, il est sauvé, répète Tania. Tous pensent comme elle, sauf moi. Je gagne mon lit par un escalier raide, presque une échelle de meunier. Je respire avec de plus en plus de peine. Par devoir, j’avale, comme je l’ai promis, les gélules qui doivent me sauver. J’hésite à désirer le sommeil qui va me replanter encore derrière le pilote dont les mains sautent avec le volant du manche, tandis qu’à vingt et un mille pieds, le F Fox dérape sans que personne y puisse rien. »

Passé venant hanter la vieillesse. Et relire ces lignes me fait penser à quelqu’un d’autre. Je suis justement en train d’écrire à Héloïse Combes (une lettre qui ne parviendra pas tout de suite : j’ai décidé, par politesse, de soigner un peu ma calligraphie…), à propos de projet de livre que j’intitulais au départ La Maison, que j’ai tendance à plaquer des situations, lieux, personnages, sur d’autres.
Allez, on parlera d’une sorte d’œcuménisme…

Édition suédoise des Diaboliques

Mais je serai déjà peut-être parti ailleurs quand paraîtra ce billet. « Là », tout à fait plus loin encore, en Suède ; et la maison existe bel et bien. Et les bains dans l’onde calme de cette mer, juste en bas.
À croire que ces maisons gagnent en réalité avec l’éloignement.


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du précédent billet : George Sand, Germaine Beaumont, France inter, Binômes, Les sens des mots.

vendredi 3 juillet 2026

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo, de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter). Alain Badiou y devisait du concept de nature, en lien à son dernier livre.
Bon, j’ai voulu réécouter sur le site de la radio le moment qui m’intéressait, mais il faudrait pour cela créer un compte, comme chez un marchand de fripes. De plus en plus, me semble-t-il, les comptes ne font pas les bons amis.


Peu importe ; c’est vers le milieu de l’entretien, à deux reprises, Alain Badiou de remarquer que la science d’un côté et, de l’autre, son « exact contraire » (je cite de mémoire, me trompe peut-être dans les mots), l’art, avaient l’une et l’autre un rapport privilégié à la nature.

Alors, forcément, j’ai pensé à André Dhôtel, à la fois artiste et féru de sciences, en tout cas de sciences naturelles (étude des plantes, champignons…), comme l’illustrent bien les couvertures des rééditions (qui datent déjà un peu, les rééditions) des (fort belles) éditions Libretto.

Dans la même mouvance, on pourrait ajouter George Sand, Germaine Beaumont…


Mais j’ai repensé aussi à ce concept théâtral des binômes, duquel il a été question dans cet article. Là, my brother intervient régulièrement.
On lit sur la page de présentation cette explication de Thibault Rossigneux (le directeur artistique de la compagnie) :

« (.) C’est avant tout l’envie de faire se rencontrer deux individus évoluant dans des milieux très différents mais passionnés par leurs activités réciproques. L’un consacre sa vie à la recherche l’autre à l’écriture. binôme permet de découvrir de façon non didactique la Science qui devient une source féconde d’inspiration pour la Théâtre contemporain. Ces deux univers, à priori si différents, s’enrichissent mutuellement et donnent vie à une œuvre artistique originale et riche. (…) »

« Exact contraires » chez Badiou – est-ce si sûr ? – ; « milieux très différents » pour T. Rossigneux…
Dhôtel, entre ces rives, navigue comme guidé par des signes d’autre monde… Allez-y voir !


Ça me ramène à Sanja Särman (illustratrice de la couverture des premier et troisième livres de Wera von Essen), qui est donc peintre, mais auteure aussi. Elle a publié son premier livre l’année dernière (je ne l’ai pas encore lu…) et, avant cela, avait (entre autres) publié ces “Letters from Plants to Humans” in The Cosmic Bulletin, published by the Institute of the Cosmos in collaboration with The Riga International Biennal of Contemporary Art 2, RIBOCA2 (2020). Ça commence ainsi :

« We sustain the biosphere. Out of mercy, the naked monkey will say. But mercy is a human concept. Our so-called mercy is elegance, nothing but elegance. We are merciful in the sense that the whole planet basks in our beauty. You should be grateful that our rootlets unwind like this, that our boughs bow down like that, and if you are not grateful, you will kill us. All the worse—for you. We are too elegant for retaliation. We will accept death. We are the Plants, and you live at our mercy. But mercy is a human concept. We do not see it that way. We do not see at all. Seeing is already sacrilege. »

J'écrivais justement à Héloïse Combes quelque bavardage à propos de cécité, parce qu’il en est question dans de récents articles de Patrick Bléron, dans le blog Alluvions (en lien de celui-ci, etc.), fascinants (ces articles) en lien à Tirésias (entre autres, via Cesare Pavaese…) et… Ernst Jünger, l’écrivain entomologue, qui à sa manière s’y retrouvait aussi entre les contraires, science et art, voire… Occupation et francophilie ; il participa pendant la guerre aux déjeuners de Florence Gould ; c’est une autre histoire évidemment.


Nils Blanchard


Ajout : Et voilà les binômes (compagnie Les Sens des Mots), à nouveau, en Avignon ; dans quelques jours…

samedi 27 juin 2026

Encore une blogueuse en retrait / Les zélés tapageurs

Un peu par hasard, forcément, tombé sur un blog où, en mai 2026, l’auteure annonce son « retrait ». 
Bon, y trifouillant par curiosité caniculaire (un 26 juin, Grand Est alerte rouge, etc.), je tombe sur un article sur les méga-bassines (de 2022).

NB - Londres, printemps 2026 ; Les deux clochers ?

À la suite de « quelques grands groupes financiers » aux « idées géniales », pour faire face au manque d’eau ici et là, des zélés tapageurs promeuvent – et construisent ! Sans enquête sérieuse… – des méga bassines. « Comme le niveau de l’eau baisse dans les nappes phréatiques, on peut artificialiser une vaste surface de sol en surface (plusieurs terrains de football [Ah, non ! Ne me parlez pas de football !]), pomper l’eau en grande profondeur puis l’étaler au soleil (de 20 à 60% d’évaporation quand même!) et à la pollution (bonjour les bactéries et les microalgues) et ceci afin de l’utiliser ensuite plus facilement en toutes saisons.
Et si elle est trop polluée pour être utilisée, c’est encore mieux car on vendra des produits chimiques pour tuer le vivant qui s’est installé dedans. Il faut penser aussi aux emplois de l’industrie. Elle est pas belle la vie ? »

Puis bientôt, peut-être, les bâtiments de France et de Navarre seront hérissés de grilles de rejets de chaleur des climatiseurs lepéniens. Sans même réfléchir à un problème dont on niait l’existence il n’y a pas si longtemps, voilà pour ces gens la solution : équiper tout le monde de climatiseurs, ce qui sera dispensateur d’énergie et, en ville notamment, rendra les rues encore plus chaudes…

Déjà, j’ai eu à faire face à quelque vague sympathisant de ces zélés tapageurs, qui m’a reproché d’être un adepte du « Vous voyez bien que j’ai raison ». À mon avis, ça pourrait devenir l’argument trumpinolien des prochaines semaines : on arrivera à démontrer que les « écolos » (le terme est devenu une insulte) avaient tort d’avoir raison…

Eh ! Mais coco ! J’aurais largement préféré avoir tort !

NB - Londres, printemps 2026

Or donc, ce blog d’Annbourgogne d’annoncer, en mai 2026 : « C’est un peu triste après autant d’années mais je suis à un moment charnière de ma vie où je ressens le besoin d’une réorganisation et, disons-le, d’un retrait. Une forme de distance par rapport au bruit du monde. Il se peut que je partage parfois une image ou quelques mots, je ne me l’interdis pas, nous verrons. »
Ça rappelle d’autres évoqués ici, la moindre n’étant pas Sandra Holmqvist. Moi-même, ne conçois pas cette petite manie blogueuse comme un engagement devant l’éternité.

Mais, puisqu’il était question de juin ; en juin 2026, j’ai dépassé allègrement les 11 000 « pages vues », ce qui aurait tendance à montrer que mon modeste site intéresse, çà et là, quelques âmes dans telle ou telle masure du village planétaire…



Et puisqu’il était question de mai, j’ai lu avec grand intérêt la partie du numéro d’Europe de ce mois, consacrée à Jean-Loup Trassard, disparu en janvier (le reste du numéro, Jane Austen notamment, n’est pas sans intérêt non plus…)
Jean-Loup Trassard, son écriture, son univers ; disons-le, sa Mayenne, c’est un peu l’inverse des zélés tapageurs évoqués plus haut.
On lit dans ce numéro d’Europe, dans un entretien de 1994 avec Jean-Baptiste Para (il est question de la disparition d’une certaine ruralité) :

(J-L. Trassard) « Aujourd’hui ce que l’on supprime n’est remplacé par rien. Or il y avait là un trésor d’ingéniosité, tant en ce qui concerne le travail de la terre que les artisanats qui en découlaient. (…) Je reste persuadé qu’une autre politique agricole aurait pu être mise en œuvre. La dégradation dont on nous dit qu’elle est inévitable, on n’a rien fait pour l’éviter. Tout n’a été qu’incohérence, soumission aux exigences de rentabilité à court terme. »


Nils Blanchard

Fuir ?

Comme je le notai en réponse à une précision (commentaire) au billet « (Konstiga) sommar dagar » , je suis revenu il y a peu d’une marche e...