lundi 12 janvier 2026

Liens d'hiver

Scintillements de hasards. J’entends parler de choses, différentes, qui me ramènent à Héloïse Combes.

Capture d'écran

 Ainsi un article de Bernur, le 13 décembre 2025, traitait de la réédition de Härdarna de Karin Boye (chez Nirstedt), qui a été traduit en France sous le titre Les Âtres.
Le blogueur de noter : qu’Aya Kanbar, dans son avant-propos, décrit le livre « som ”en samling som brinner av både styrka och sårbarhet, av både kamp och försoning – en bok där elden inte bara förtär, utan också lyser upp och pekar mot nya horisonter.” » (« Comme ”un recueil qui brûle à la fois de force et de vulnéralibilé, à la fois de lutte et de rédemptionun livre où le feu ne fait pas que consumer, mais illumine aussi et désigne de nouveaux horizons..” »)

L'Embrasement des siècles, d’Héloïse Combes, non seulement s’organise autour de l’incendie d’un refuge – avant, après… – et la deuxième partie s’intitule « La femme du feu des forêts ». Ce sont des poèmes dits « bruts » ; le premier : « Feu » !

Pages 49, 50 : « Le feu qu’en dire
Il a tout emporté
Mes robes les chaises paillées
Le lit les livres sauf un
D'André Dhôtel Ma chère âme

(...) 

Le feu a balayé
Les injustices des siècles
Il m’a poussée dehors nue et terrifiée
Mais digne
Le feu
Qui m’aime

() »


Bernur est en lien indirect de ce blog (version ordinateur, à droite…) ; Ent’revues aussi. Là, est annoncée une soirée organisée par la revue Les Haleurs, qui en est à son deuxième numéro – bientôt un troisième, en mars, sans parler de hors-série recueils et cahiers… – et traite notamment d’éco-poésie.

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs

15 janvier, 18h30, boulevard Raspail… Le thème ? Nature et poésie.
Qui mieux qu’Héloïse pourrait évoquer ce sujet ?

(Le site précise que dans quelques semaines, on pourra suivre la captation de cette soirée ; il y a un lien – allez-y voir ; lien de lien, de lien…)


Et puisqu’il a été question d’André Dhôtel aussi, il se trouve que j’ai écrit un petit article sur les foyers, dans un bulletin (le 44) de la Route inconnue – grand Dieu ! Ça remonte déjà à 2016 ! (La Route inconnue, en lien elle aussi, à droite, version ordinateur, etc.)
Et – on évoqua Le bateau ivre – une partie de ce petit texte s’intitule « Rimbaud ». Ça commence ainsi : « À Florence Gould, Dhôtel écrit en décembre 49 : “Savez-vous que dans Rimbaud il y a aussi des villes et des paysages construits avec ce qu’on voit dans les foyers ?” »

André Dhôtel en 1955 (Rimbaud dans le cadre)

En feuilletant les pages de cet article – il est vrai que j’en profitai pour évoquer diverses interventions d’une réunion (consacrée à Dhôtel) – apparaissent, outre Rimbaud, Balthus, des chevaliers et Fred Vargas, Georges Duby, même, des fées du logis, jeux enfantins… Maurice Sendak !


Nils Blanchard


- Ajout d’étiquettes du dernier article : N4, SOV, Sade, Mûrs-Érigné, Georges Barbier, Göte Brunberg, Luc Autret.

- Décès le 3 janvier d’Eva Schloss, rescapée d’Auschwitz-Birkenau. Comme Anne Frank dont elle était devenue la belle-sœur par alliance après la guerre, elle était passée par le camp de Westerbork.

mercredi 7 janvier 2026

Mattias Reinholdson - Vagues agressions / Laclos par là-dessus

Retour Ouest – Est (un peu (trop?) traditionnel pour moi ; j’en reparle…)
Mais en rentrant, consultant le site de la SOV (Estlandssvenskarnas Kulturförening – Association culturelle des Suédois d’Estonie), en lien de ce blog (écran, à droite, version ordinateur, etc.), j’apprends la mort de Mattias Reinholdson.

Estlandssvenskarnas Kulturförening - Capture d’écran

Il se trouve que j’avais été récemment un peu en contact avec lui par courriel. Il avait rédigé un beau dossier dans le dernier numéro de Kustbon (l’organe historique de la SOV dont il était le rédacteur en chef jusqu’il y a peu) sur mon article dans Nordiques et mes travaux plus généralement…

Il me fait penser, pour ce que j’en ai connu à des gens comme Göte Brunberg, Luc Autret (lui dans un autre domaine, les revues littéraires), qui consacraient de leur temps à la recherche, désintéressée (hormis l’intérêt pour le sérieux, la fiabilité…), et toujours prêts à partager connaissances et avancées.

Jag beklagar sorgen.

NB - Mûrs-Érigné

                                                                                     *

Et retour de l’Ouest, donc. Dès Troyes, je ne veux pas manquer ma sortie vers Nancy pour passer de l’autoroute à la N4. Un type (parmi d’autres) me serre, klaxonne même, sous prétexte que je ne vais pas assez vite à son goût (j’ai un peu de mal à voir la nuit avec des phares mal réglés dans tous les sens face à moi, ou ceux de panzers qui pourraient illuminer on ne sait combien de stades de foot (allez, oui… de foot!)) Bref, je rate ma sortie, perds une bonne demi-heure à faire un tour pour la retrouver.

Ah, il est vrai, je n’avais pas branché de GPS…

Ensuite, sur toute la route jusque vers Nancy (je m’en suis vraiment rendu compte à partir de Saint-Dizier) : tous les panneaux indicateurs ont été systématiquement souillés par de la peinture ou je ne sais quelle boue. Ce sont des centaines de panneaux, sur près de cent kilomètres. Quasiment aucun épargné.
Quelque colère d’agriculteurs d’avant les fêtes ? Mais ils ont dû y passer des jours entiers…
Et qui paiera le remplacement desdits panneaux ?

On me dira… avec leurs guidages GPS, les gens ont-ils vraiment besoin qu’on les remplace ?


NB - Mûrs-Érigné

                                                                                     *

Par là-dessus – c’était samedi – j’entends à la radio le récit des exploits de Trump au Venezuela. Surtout, j’entends Trump lui-même s’auto-acclamer pendant vingt minutes.
Là… Je n’ai pas franchement d’opinion très tranchée sur le régime au Venezuela – on ne peut avoir d’opinion tranchée sur tout… – Quant à l’opération de Trump, si vraiment le président vénézuélien était un parrain de la drogue comme Trump le prétend, après tout, qu’on l’exfiltre…
Non, ce qui m’a paru à ce moment être une agression en soi, encore une fois, c’est la bêtise crasse (« la plus grande opération depuis la Seconde Guerre mondiale », etc.) de Trump, cette vulgarité à toute épreuve qui ronge peu à peu – accumulation de précédents – tout un tissage de civilisation.

Et bien sûr, le brave homme de publier une photo de son ennemi capturé, sur son « réseau » « social »…

                                                                                    *

Georges Barbier (illustration des Liaisons dangereuses)
- Capture d’écran

Mais de retour à mon appartement, retrouvant mon ordinateur et le blog Bernur, je vois que Björn Kohlström parle de la traduction suédoise des Liaisons dangereuses, évoquée en ce blog notamment à cet endroit.
Article intéressant et complet, comme bien souvent chez Bernur, qui remarque que dans la postface : « Carin Franzén inkännande om romanens tillkomst och historia, och låter det vara osagt om Laclos roman ligger närmast Rousseau eller Sade » – « Carin Franzén étudiant la genèse et l’histoire du roman, semble indécise quant à le placer plus près de Rousseau ou de Sade ».

À propos de Cécile Volanges, de son traitement par Merteuil et Valmont, Bernur note : « Laclos visar hur lättmanipulerade vi är, hur vi nästan frivilligt uppsöker det som duperar oss » - « Laclos montre combien on peut être aisément manipulé, comment nous allons presque volontairement vers ce qui nous dupe ».
Est-il nécessaire ici de reparler du paragraphe précédent de ce billet ?

Puis Bernur poursuit : « Om dagens unga tar hjälp av chat GPT för att skriva sina kärleksbrev kunde man på 1700-talet konsultera de många kärleksromanerna och kopiera fraser därifrån. » - « Si les jeunes gens d’aujourd’hui s’aident de chat GPT pour rédiger leurs lettres d’amour, on pouvait, au dix-huitième siècle, se servir des nombreux romans d’amour et en copier des phrases. »

Eh ! Pas qu’au dix-huitième siècle !

Hashtag : pas qu’au dix-huitième siècle !


Nils Blanchard

samedi 3 janvier 2026

Sujets d’hiver / comparaisons ; des mondes et des temps

Fin novembre, j’ai rencontré çà et là diverses comparaisons de « nos » mondes – bon, la Scanie, en Suède, d’un homme aux mœurs somme toute assez traditionnels semble-t-il (Thomas Nydahl), et New York, si j’ai bien compris, où vit un Français d’origine, homosexuel, disciple de l’empereur Hadrien.

NB - Anjou

 Le premier, dont on va un peu sauver le blog Nydahls Occident (c’était avant cet article calamiteux évoqué au dernier billet), écrit le 14 novembre – il faudrait aussi en ce blog, Suédois d'ailleurs, une étiquette « Le temps passe » :

« Att Putinfascismen verkligen startade angreppskriget mot Ukraina är ett nederlag också för alla fria nationer (…)
Jag befinner mig i ett tillstånd av uppgivenhet och bedrövelse. Det har förstås mest att göra med det pågående skeendet. Men det har också privata orsaker. Omständigheternas diktatur ligger sedan flera årtionden som en våt filt över mig. Allt jag försökt, allt jag kämpat för, har rasat och förtvinat. Det rena har ersatts av mögel och svamp.
Jag har Henne här hemma, att tacka för att livet också är vackert och kärleksfullt. »

« Que le fascisme poutinesque ait pu effectivement enclencher sa guerre d’agression contre l’Ukraine, c’est une défaite pour toutes les nations libres (…)
Je me sens maintenant affligé, désabusé. C’est lié bien sûr surtout à la conjoncture. Mais ça a aussi des raisons privées. Depuis plusieurs décennies, la dictature des circonstances me recouvre comme une couverture humide. Tout ce que j’ai tenté, tout ce pour quoi je me suis battu, s’est effondré et s’est étiolé. Le pur a été remplacé par moisissure et mycose.
J'ai Elle à la maison, que je remercie de rendre la vie, quand même, belle et pleine d’amour. »

L'article est illustré d’une belle photo d’arbres dans le brouillard (d’Astrid Nydahl vraisemblablement).
Il est vrai que l’époque nous entraîne, comme un fleuve en crue, vers de mauvaises directions : constructions nucléaires, menaces d’utiliser des armes nucléaires, réduction de la biodiversité, submersion plastique, progression de l’I.A. (que je pense être, de plus en plus, une vaste connerie. Oui, l’I.A. permet certaines choses, notamment dans le domaine médical… Mais quoi, mais justement : on arrivera peut-être à cette situation où les médecins doubleront systématiquement leur diagnostic de celui de l’I.A. On pensera que c’est très bien, cela sauvera des vies peut-être. Puis petit à petit, on se rendra compte qu’on n’aura plus de médecins, plus de gens capables d’exercer ce métier de manière autonome et donc d’avoir l’expertise personnelle, le recul nécessaires à leur pratique. – D’ailleurs, du fait de la recherche d’un certain confort bobo, a-t-on encore de vrais médecins, qui acceptent de sortir de leurs centre-villes, de leurs emplois du temps confortables pour exercer ? Là, l’I.A. n’y est pour rien ; une certaine éthique… –), menaces russe, chinoise (très différentes), j’aurais tendance à ajouter : abêtissement de certaines masses…
Quant à ma vie privée par là-dessus…

NB - Anjou

Le disciple d’Hadrien, lui (blog Animula Vagula Blandula), de remarquer, le 27 novembre dernier :

« En 36 ils accusaient les juifs, les communistes, les homos, les noirs et les arabes, vaste amalgame de détestations et de colère, abreuvés par une presse qui alimentait leur flamme par une diarrhée immonde d'informations, de petits mots, de sous-entendus... Tout un scénario qui à travers le monde se répète et s'amplifie. Les peuples ne se rendent pas compte de ce qu'il y a derrière le masque de l'honorabilité, de la simplicité, de l'élégance affectée des nouveaux populistes. On les flatte, on leur rappelle qu'on vient des mêmes villages, des mêmes cités, qu'on partage leurs aspirations et leurs colères et peu à peu on grimpe jusqu'au sommet de l’État et dès le lendemain on confisque la souveraineté au peuple, on s'auto-amnistie, on se remplit les poches et on se vautre dans le luxe. (...) Et les peuples joyeux sont prêts à se jeter dans la gueule souriante du diable et de ses diablotins... »

Les « noirs et les arabes », en 36, je ne suis pas sûr qu’ils aient été une cible privilégiée. (Peut-être, du reste, aurait-il mieux valu parler de 34, mais…) Il y avait plutôt les Italiens ; j’aurais tendance à ajouter, dans certains « mondes », au cœur de certaines morales, les femmes. Celles qui seront tondues en 40, parce que la morale de ces mondes-temps acceptait que les hommes fussent « volages », interdisaient aux femmes d’être des « salopes »…
La notion de « sous-entendus », pour faire passer toutes sortes de saloperies précisément, est bien vue.
Elle existe encore aujourd’hui où des crétins parlent avec légèreté des camps de concentration, par exemple, décomplexés par les errements des derniers gouvernements israéliens, confondant complètement, lesdits crétins, dans leur bile plus ou moins réseau-sociarde, les mondes et les temps…


Nils Blanchard


Ajout : Mort d’Henri Mosson, le 30 décembre dernier, dont il a été un peu question en ce billet-là
Ce billet évoque aussi des bizarreries (à tout le moins) « historiographiques » (si l’on peut dire…) alsaciennes, sur lesquelles il faudra que je revienne malheureusement.

lundi 29 décembre 2025

Quand des blogs en lien (en lien de lien) partent en vrille / parallèle

Suédois d’ailleurs, petit blog au titre somme toute étrange, mais pratique, présente des blogs en lien, dont certains eux-mêmes présentent des blogs en lien, dont certains eux-mêmes, etc.
Cela permet d’aller cliquer ici et là facilement et, parfois, de tomber sur des choses intéressantes.
Parfois sur des propos passablement consternants.

Magnus Enckell, Diane et Endymion - Capture d’écran

Nydahls Occident (en lien du blog Bernur, lui même dans la liste du site Nordic Voices in Translation) a été plusieurs fois cité ici. Il a le mérite d’ouvrir des portes sur la culture, notamment littéraire, suédoise, parfois danoise, parfois d’ailleurs. L’auteur s’y livre à des réflexions, dont on devine parfois que l’angoisse est relative à ses difficultés physiques. Bon, mais de là à laisser entendre qu’islam et « massinvandringen » – « immigration massive » sont responsables de l’antisémitisme (article du 15 décembre dernier, suite à l’attentat de Sydney), il y a un pas. Un pas qui me dégoûte de franchir à nouveau le clicseuil de ce blog. Tant de simplicité d’esprit, et à un âge avancé, cela devient proprement dégoûtant.
Accabler une communauté, une religion, pour en « défendre » une autre est de l’ordre de la faiblesse d’esprit, qui plus est quand on se targue de connaître l’histoire du vingtième siècle. Je ne crois pas que l’islam, ni quelque « immigration massive » que ce soit aient été responsables de l’antisémitisme – qui a abouti à ce que l’on sait – des années trente !
Du reste, comment se serait comporté notre bon blogueur dans les années trente ?

Magnus Enckell - Capture d’écran

En lien cette fois du blog « Alluvions », le site « L’Ex, Homme-Âne-Yack » parle, le même jour, de « pétasses qui se prostituent toujours pour la putasserie généralisée », à propos d’une publicité d’abribus avec la photo d’une élégie pour une marque de parfum.
Là, plusieurs choses : je comprends mal pourquoi on devrait assimiler les travailleuses du sexe à des « pétasses ».
D'autre part, le site cite René Char en exergue : « L’essentiel est toujours menacé par l’insignifiant. » Je ne saurais trop leur recommander d’ajouter cette phrase de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »
Derrière cet excès en l’occurrence, on devine le pavage de bonnes intentions (très mode, même s’il critique l’industrie de la mode…) de l’auteur : des affiches montrant des femmes les transforment en objets, etc.

Eh bien non, zut. Je préfère des affiches de belles personnes à des photos de panzers ou de je ne sais quelle banque.
On me dira : mieux vaut n’avoir pas d’affiche du tout.
Eh ! Mais méfiance : tout interdire peut préparer à l’avènement de règnes où l’on reverra les murs se couvrir d’affiches, d’un dirigeant divinisé…

Magnus Enckell - Capture d’écran

Je ne sais si l’on peut faire un parallèle entre une certaine xénophobie (premier blog évoqué) et ce que je ne peux m’empêcher d’assimiler à du néopuritanisme (le deuxième). Mais les deux choses cohabitent très bien, par exemple, dans une certaine Amérique estampillée « Make America Great Again ».


Nils Blanchard

mercredi 24 décembre 2025

Retour sur l’enfance / Marcel Arland, Dominique Aury et anges musiciens

J'ai été à la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire) de Strasbourg, le 20 décembre, voir une exposition « Les anges musiciens » que je guignais depuis quelque temps, juste avant qu’elle ne ferme.

NB - Un jouet suédois, mais avec des rênes

Mais d'abord, il y a ce texte de Dominique Aury qui traîne depuis quelque temps dans mes notes. Évidemment le mieux serait d’en parler à la Sainte Lucie. Mais c’est passé… On sait que ce blog a beaucoup de mal à coller à l’actualité…
C'est un très beau texte sur La musique des Anges, de 1967, livre de Marcel Arland. (En recherchant cette année de parution, je viens de me rendre compte qu’on trouvait ce texte assez simplement, à cet endroit.)

(J'ai un peu étudié Marcel Arland – auteur que j’aime bien – et Dominique Aury, importante figure de la Nrf, amie de Jean Paulhan, en plus d’être l’auteure bien sûr d’Histoire d’O. Tous les deux ont été, sans doute pas aux mêmes époques, aux déjeuners de Florence Gould. Je ne sais pas s’ils s’entendaient si bien que ça. J’aurai sans doute l’occasion de revenir là-dessus, ailleurs qu’en ce blog vraisemblablement…
Peut-être donc ne s'entendaient-ils donc pas, mais la littérature, pour les gens qui la servent vraiment, est comme d’une autre dimension.)

Bref, le texte commence de la sorte : « À la Sainte Lucie, au plus noir de l'hiver, on donne aux enfants de Suède de petits manèges d'anges musiciens. Il s'en élève une fugace et poignante musique, à peine saisissable, et qui pourtant ravit. C'est une mélodie du même ordre que laissent échapper les récits dont est composé le dernier livre de Marcel Arland, une mélodie qui célèbre, au plus noir des désastres dont une longue vie peut accabler un homme, et avec lui tous les hommes, un miraculeux éclair : la grâce, un instant, de l'accord entre n'importe lequel d'entre nous et le coin de terre où il fait halte, de l'accord entre celui qui parle et ses lieux de prédilection. »


On en a parlé... les lieux de prédilection d’Arland ? L’Auvergne, notamment… Les crucifix dans la pierre d’une campagne étincelante de beauté.
Je revenais justement, récemment, de la visite d’une bibliothèque en ces coins, où il y avait du reste des dédicaces d’Arland…

NB, Auvergne, automne 2025 - En l’occurrence, ici, le crucifix est métallique

Or donc, cette exposition à la BNU, sur les anges musiciens… Peut-être en parlerai-je une autre fois.
C'est que je vais assez rarement à Strasbourg, pour diverses raisons. Là, je voulais profiter de mon passage en cette ville pour allez voir si je ne pouvais pas trouver quelques DVD et CD dans une enseigne bien connue, qui a à peu près le monopole de la chose désormais (sans quoi je n’y mettrais sans doute jamais les pieds… Et la dernière fois que j’avais été dans ce magasin, tenez ; ça apparaît dans ce billet).

Je trouve quelques petites choses (dont un Polanski, un Woody Allen…), fais une longue queue pour payer mes achats, et au moment où ça aurait dû être mon tour d’aller à la caisse, des gens me passent devant, venus de nulle part : ils sont « prioritaires ». Je commence à râler évidemment ; n’a-t-on jamais entendu parler de la nuit du quatre août, l’abolition des privilèges, etc.
Mais les gens de la queue restent impassibles (sans doute leur faut-il un gilet jaune pour se croire autorisés à s’exprimer…)
(Ça me fait penser, à propos d’anges – ou peut-être pas du tout – que j’ai renoncé aux musées du Vatican, lors d’un séjour à Rome, parce que les « coupe-file » m’écœuraient, comme m’écœurent les tarifs particuliers de la SNCF, les péages autoroutiers privés, les ceci, les cela ; tous ces retours d’égouts des temps des octrois…)

Bref, je finis par me retrouver devant une souriante jeune caissière, qui dissipe ma mauvaise humeur. « Vous pouvez avoir une carte gratuite pour Deezer, me dit-elle.
– Dix heures de quoi ? »
Bon, il y avait la queue derrière moi, je n’ai pas prolongé trop longtemps la confusion.
« Mais vous savez – me dit-elle l’air quand même, un peu inquiet – ce sont les concurrents de Spotify... »

Spautie – faille ?

God Jul ! Joyeux Noël !


Nils Blanchard

samedi 20 décembre 2025

Hasards ou concomitances

La lecture du blog Alluvions (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) et ses hasardeuses coïncidences, synchronicités, ont attiré mon attention sur trois hasards récents me concernant.

NB - Alsace, automne 2025

 Le premier concerne précisément un article d’Alluvions. Je parlais à un ami, de l’autre côté du Rhin – nous parlions de son (très jeune) fils, de l’agression russe en Ukraine… –, de tirages au sort de conscrit pour le service militaire, en France, dans un passé pas si lointain. Patrick Bléron d'évoquer justement – quelques jours plus tard, le 7 novembre – à propos du Bal des conscrits de Louis Peygnaud, ces tirages au sort.

« (…) à la page 27 du Bal des conscrits, Louis Peygnaud raconte une autre conscription, celle du 10 mars 1793, an II de la République, où eut lieu la première levée en masse de 300 000 hommes. De tous les villages affluaient les hommes célibataires ou veufs sans enfants de dix-huit à quarante ans. Le 15 juillet, l'Assemblée législative avait proclamé la Patrie en danger. De fait, cette première journée ayant donné peu de résultats, il fallut remettre le couvert le 17 mars. Ainsi, au Péchereau, près d'Argenton, seuls deux volontaires s'étaient inscrits le 10 mars. Et le 17, 45 hommes durent se soumettre à la voix du sort. Le maire avait préparé 33 bulletins blancs et 12 bulletins portant la mention "soldat", et chacun vient tirer un bulletin dans un chapeau (…) »



Le deuxième, je l’ai déniché (sans rien chercher d’ailleurs) sur le site Dixikon (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) Là, un article a été publié sur « Kambanellis om Mauthausen » (« Kambanellis sur Mauthausen »).
Il est de Jan Henrik Swahn, par ailleurs traducteur récent des Liaisons dangereuses en suédois…

Or il se trouve que de retour en voiture de je ne sais plus trop où, le jour précédant ma lecture de cet article, je réfléchissais – via, pour autant que je m’en souvienne, des réminiscences de ce colloque sur l’art et la guerre à Natzweiler, de là les dessins et le témoignage de Jeanne Letourneau… – à la spécificité des récits de camp. Spécificité en ce sens que, rédigés le plus souvent par des gens peu coutumiers de l’écrit – rarement des écrivains en tout cas ; il y a bien sûr cependant Primo Lévi et d’autres… –, ces récits prennent une force, une originalité singulière, lors même qu’ils racontent des choses similaires (et pour cause…) Je me disais que c’était qu’ils mettent sur la table, dans un sens, l’humanité profonde de l’auteur, celle qui a survécu, mais qui a été éreintée par l’expérience, qui affleure plus que chez d’autres, aux camps.

NB - Alsace, automne 2025

Enfin, une histoire un peu désagréable avec des parents d’élèves me faisait penser à la généralisation, dans laquelle on peut à tout instant sombrer…
Or Jan Henrik Swahn évoque à un moment le sujet dans son article :

« En av styrkorna med boken är just de många redogörelserna för ortsbefolkningens medlöperi, hur de närmast med förtjusning laddade sina bössor och anslöt sig till tyskarna varje gång någon hade lyckats fly från lägret. Efter befrielsen fick många bönder se sina gårdar plundras på djur och mejerivaror. Särskilt de som tidigare vägrat ge ens en brödskiva till lägerflyktingar som knackat på. Men att dra alla österrikare över en kam gick förstås inte, även om det hade varit en enkel och svartvit lösning. Kambanellis fick så småningom höra om österrikiska bönder som tagit stora risker genom att hysa flyktingar fram till krigsslutet. »

« Un des intérêts du livre, c’est justement les nombreux récits de collaboration de la population locale, qui approchait presque à la jouissance en chargeant ses fusils pour se joindre aux Allemands à chaque fois que quelqu’un avait réussi à s’enfuir du camp. Après la Libération, de nombreux paysans ont eu leurs fermes pillées d’animaux et de produits agricoles. Particulièrement ceux qui auparavant avaient refusé d’octroyer ne serait-ce qu’une tranche de pain aux fugitifs du camp qui les avaient sollicités. Mais mettre tous les Autrichiens dans le même panier n’a pas de sens bien sûr, bien que ç’aurait été une solution simple, manichéenne. Kambanellis, petit à petit à découvert que des paysans autrichiens avaient pris de grands risques en hébergeant des fugitifs jusqu’à la fin de la guerre. »

On retrouve ce thème de la population civile, entre autres dans mon Elmar Krusman.

J'ai eu donc il y a peu un rendez-vous avec des parents d’élèves, contestant une note reçue par leur fille. J’étais partie dans l’idée que c’étaient des connards (généralisation…) Ils se montrent ouverts (en apparence), le « dialogue » se finit « fructueux » ; moi, fatigué par six heures de cours (et une semaine passée ; on était vendredi…) cède et promets de « rectifier » la note de leur fille (celle ci, présente lors de l’entretien – ah, que c’est bien de partager les problèmes entre « enseignant »… allez, on va dire, « équipe pédagogique », parents et « apprenant »… – refuse étrangement de s’installer à notre table, reste près de la porte, comme si elle craignait d’en être expulsée par le souffle d’une explosion?), ce que je serai obligé de faire, du coup.
Jusque là : formidable. Pour un peu, on me remettra la médaille de l’Ordre de Meirieu !

Sauf que… Y réfléchissant un peu de retour chez moi, je me rends compte que non : j’avais raison en premier lieu. L’élève a vraisemblablement triché sur son voisin. Ce n’est pas la note faible, un peu en-dessous de la moyenne qu’on m’a reprochée, qu’elle devrait avoir, mais un zéro pointé.
Le doute ne réside vraiment que dans la bonne foi des parents (moi-même, sur le coup de la rencontre, n’ayant su retrouver clairement les tenants et les aboutissants du problème ; j’ai toujours des problèmes de vue, j’étais fatigué – et passablement énervé –, etc.)
Quant à leur fille, le résultat reste le même : elle sait qu’elle a triché. Se perfectionnera-t-elle dans l’art d’abuser ses parents (s’ils étaient dupes) ?
Et sur le principe, ma généralité, là, restait efficace : des parents n’ont pas à contester à la légère une note (en plus une petite note de simple test de début de cours), n’auraient jamais dû se croire seulement autorisés à franchir les grilles d’un collège pour ce faire.

Ce qui ne me réconcilie pas pour autant avec les généralités. 


Nils Blanchard

mardi 16 décembre 2025

Vélos, égarement… En Suède aussi

Dans l’« égarement », en faisant de l’étymologie un peu fantaisiste peut-être, il y a le fait de ne pas se « garer », de rester libre et en mouvement. Ce qui n’est pas à confondre avec le fait d’être perché sur une selle, de fondre sur des gens en leur reprochant simplement d’être, parce qu’on se croit soi-même / parce qu’on est à la mode. Parce qu’on a bâti une sorte de rail virtuel dans sa cartographie interne auquel on voudrait que tout le monde se réfère.

Elias Martin, Göteborg, années 1780 ; Göteborgs Stadsmuseum - Capture d’écran

Un certain Roland Holm, le 21 juin dans le Göteborgs Posten (dans un article de lecteur, « Fria ord » est-il précisé avant l’article (« Paroles libres ») exprime les choses de la sorte :

« Den som rör sig fort – särskilt på cykel – tycks i dag ha tolkningsföreträde, medan fotgängaren betraktas som ett hinder. Denna kultur är inte bara farlig, utan också ett uttryck för en större samhällelig förskjutning där omtanke och respekt får stå tillbaka för självupptagenhet och arrogans. »

« Celui qui avance vite – surtout à vélo – semble jouir aujourd’hui de la priorité, lors que le piéton est considéré comme un obstacle. Cette vision des choses n’est pas seulement dangereuse, c’est aussi l’expression de quelque chose de plus profond dans notre société, où sollicitude et respect doivent laisser la place à l’individualisme et l’arrogance. »

« Självupptagenhet » (le fait littéralement d’être occupé par soi-même) ; on revient à ce que l’on disait des écrans.
L'auteur poursuit – il évoque Vasagatan ; n’est-ce pas dans ce quartier que vit Erik Winter, dont la dernière enquête (eh ! Il ouvrit quasiment ce blog…) vient de sortir ? On en reparlera très vraisemblablement… – :

« Flera gånger i veckan bevittnar jag, eller själv utsätts för, cyklister som i mycket hög fart passerar fotgängare utan att sänka farten, visa tecken på samförstånd eller lämna utrymme. I morse höll jag på att bli påkörd. »

« C'est plusieurs fois par semaine que je suis témoin, ou cible, de cyclistes qui frôlent à toute vitesse les piétons, sans ralentir, sans prendre en compte l’autre ni lui laisser d’espace. Ce matin encore j’ai failli être renversé. »

Elias Martin, Göteborg, années 1780 ; Göteborgs Stadsmuseum - Capture d’écran


Me revient à l’esprit cet argument du « Partagez la route ». Partager, cela signifie d’abord respecter l’autre, pour ce qu’il est. On est parfois face à des gens qui « planent » tellement – pardon, on nage dans une telle irrationalité (crétineries véhiculées par les réseaux sociaux, dingos développant leurs petites sectes dans leur coin…) –, qu’il faut parfois revenir aux réflexions les plus simples. C’est ce que fait Roland Holm :

« Det finns människor som är äldre, ser dåligt, har nedsatt hörsel eller svårt att röra sig. Ska dessa behöva analysera cyklisters rörelsemönster från 20–30 meters håll för att avgöra om de törs ta ett steg ut? Det är inte rimligt. Ändå verkar det vara just det som förväntas. »

« Il y a des gens plus âgés, qui voient, entendent mal, ou ont des difficultés à se mouvoir. Faut-il que ces gens dussent analyser vingt, trente mètres à l’avance le schéma de déplacement du cycliste pour anticiper une retraite ? C’est fou. C’est pourtant ce qu’on semble attendre d’eux. »

Puis de développer :

« Men det är cyklisten som är den snabbare, starkare parten – precis som bilisten i möte med cyklisten. I alla andra delar av trafiken gäller principen att den som är starkare ska ta större hänsyn. Varför frångår vi detta när det gäller fotgängare? »

« Mais c’est le cycliste qui est le plus rapide, le plus fort – comme l’automobiliste l’est par rapport au cycliste. Partout ailleurs dans le trafic, on considère que c’est au plus fort de faire le plus attention. Et pourquoi pas quand c’est le piéton qui est concerné ? »



Je n’avais pas spécialement remarqué ces problèmes en Suède jusqu’à présent, à part une nuit, un vélo qui m’avait foncé dessus (le cycliste était ivre), et que j’avais envoyé, par réflexe, et plutôt involontairement, dans le décor. Le pays traînait plutôt la réputation d’une excellente organisation en la matière, avec de « vraies » pistes cyclables, bien délimitées, et des « usagers » respectueux de leurs concitoyens, à la « nordique ».
Il est vrai que cela fait quelque temps que je ne me suis vraiment promené à Göteborg, chassé par les travaux qui m’ont rendu la ville impénétrable et infréquentable.
Ce qu’a noté le romancier Åke Edwardson aussi – il en a parlé dans Det trettonde fallet (Le treizième cas)… – ; je ne suis pas complètement fou…


Nils Blanchard

Liens d'hiver

Scintillements de hasards. J’entends parler de choses, différentes, qui me ramènent à Héloïse Combes. Capture d'écran  Ainsi un article ...