Suite d’un premier billet sur le sujet. La date, 1929, était vraiment de malchance : début de la crise mondiale, bien sûr (et on sait que les crises suscitent repli sur soi des peuples et méfiances envers les migrants), puis la famine en Ukraine, l’Holodomor, en 1932-1933.
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| Capture d’écran du programme du colloque du 16 octobre 2026, Uppsala |
Un article de la SOV (26 juillet dernier) a laissé un lien vers le site du Musée régional de Jönköping. Récemment en effet (fin août), Jörgen Hedman, auteur d’un livre sur l’installation d’Esto-Suédois dans le Småland et le Västergötland, y a présenté l’histoire des migrants de Gammalsvenskby arrivés à Jönköping.
Déjà évoqué, Peter Hedfors (SOV) note :
« Nästan en tredjedel av alla de svenskbybor som kom till Sverige år 1929 kom att stanna i trakterna av Jönköping; antingen i Jönköpings län eller i dåvarande Skaraborgs län. Man kan med fog säga att denna grupp inte uppmärksammats lika mycket som de svenskbybor har gjort som bosatte sig på Gotland. Svenskbybornas på Gotland hade fördelen av att ha mindre geografiska avstånd till varandra och inte minst tillkomsten av Svenskbygården i Roma som en samlingsplats har betytt mycket. »
« C'est presque un tiers de l’ensemble des habitants de Gammalsvenskby venus en Suède en 1929 qui s’est retrouvé dans les environs de Jönköping ; soit dans la région administrative de Jönköping, soit dans ce qui était alors celle de Skaraborg. Il apparaît que ce groupe n’a pas eu autant d’attention que ceux (de Gammalsvenskby) qui se sont installés à Gotland. C’est que là, à Gotland, ils avaient l’avantage d’être moins éloignés les uns des autres, puis surtout la création, là, d’un lieu de rencontre à Roma a eu une grande importance. »
Mais globalement sur les 900 (environ) habitants de Gammalsvenskby venus en Suède (certains sont aussi partis vers le Canada), 250 ont choisi de revenir en Union soviétique, à la grande joie des communistes suédois. Peut-être, du reste, ont-ils évité l’Holodomor, vu que « Under Stalineran drabbades befolkningen av svåra förföljelser och många deporterades till Komirepubliken, Kolahalvön och Sibirien. Det var först under 1950-talet som de överlevande fick möjlighet att återvända till sin hemby. » « Pendant l’époque stalinienne, la population a subi de grandes persécutions et beaucoup ont été déportés vers la République de Komi, la presqu’île de Kola et la Sibérie. Ce n’est qu’au cours des années 1950 que les survivants ont eu la possibilité de revenir dans leur village d’origine. »
(Citation de la présentation du colloque du 16 octobre 2026 à Uppsala.)
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| Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 - Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum |
Et qu’en est-il maintenant, me demandera-t-on peut-être ? Je rappelle qu’en lien de ce blog figure un site sur Gammalsvenskby, en anglais et suédois, donnant des nouvelles régulières des lieux en ces temps de guerre, via Sofia Hoas.
La présentation du colloque du 16 octobre 2026 à Uppsala résume bien la situation :
« Innan den fullskaliga invasionen av Ukraina bodde runt 2 400 personer i Zmiivka kommun, där Gammalsvenskby ingår. Endast ett litet antal av dessa var ättlingar till de ursprungliga svensktalarna. Kriget har drabbat byn hårt, och under perioden mars till november 2022 ockuperades den av ryska trupper. Sedan dess har byn utsatts för upprepad rysk beskjutning från andra sidan floden, vilket har lett till att den nu är i det närmaste ödelagd; de flesta husen är utbrända eller raserade, och byborna har tvingats fly. Åtminstone ett 60-tal personer har lyckats ta sig till Sverige. I augusti 2026 befann sig bara två personer kvar i byn. »
« Avant l’invasion ç grande échelle de l’Ukraine, la commune de Zmiivka (à laquelle appartient Gammalsvenskby) comptait environ 2400 personnes. La guerre a touché cruellement le village, et de mars à novembre 2022 il a été occupé par les troupes russes. Depuis, la zone est l’objet de bombardements russes répétés, de l’autre côté du fleuve [Dniepr], ce qui fait qu’elle est maintenant quasiment inhabitable ; la plupart des maisons ont été incendiées ou rasées, la population a dû fuir. Au moins une soixantaine de personnes ont pu rejoindre la Suède. En août 2026, il ne se trouvait plus que deux personnes au village. »
Étrangement, 1929 est une des rares dates de Conversation avec le taupier de Jean-Loup Trassard (éditions Le temps qu’il fait, 2007, page 87).
Un autre personnage de la conversation (que Joseph Heulot) – tout ça se passe du côté de Juvigné en Mayenne, pas si loin de la Normandie, près d’Ernée – lance le sujet des hivers froids.
« Paul Feuve : “Quand l’z’éronces poussent beaucoup, on dit que l’hiver sera rude”. Il n’a pas lui même vérifié mais en tout cas se souvient de l’hiver 29. La neige, où le vent l’avait poussée, s’était amoncelée sur un mètre d’épaisseur. Elle a tenu six semaine et là-dessus il gelait. (…) Joseph [le taupier] a aussi vécu cet hiver mémorable, il avait vingt-trois ans. »
Trente-trois ans en 1939 ; Joseph Heulot a fait la guerre, y a attrapé une pleurésie qui l’a laissé en partie invalide… d’où, aussi, son métier.
Quant à l’hiver 29, l’auteur y revient aux pages 135-136 :
« Le neveu, un gars de La Viennais, est jeune, cela lui paraît loin, mais Joseph Heulot s’en souvient de 29, “Oh bin, eune hiver si dure, ça perd tout !” »
Nils Blanchard



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