mercredi 2 septembre 2026

Gammalsvenskby, 1929 / Et Giono

On peut avoir des nouvelles de Gammalsvenskby sur le site en lien de celui-ci, qui lui est dédié. On y lit, malheureusement, des « informations de guerre » (le site peut se lire en anglais ou en suédois) rarement réjouissantes. Ainsi, il est rappelé régulièrement que, du fait des agressions répétées de la Russie qui ont particulièrement touché cette région, il n’y a plus dans l’ancien village, actuellement, que deux habitants.

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

 Là, c’est sur le site de la SOV (association des amis des Esto-Suédois) en lien de ce blog aussi… que l’on entend parler du « vieux village suédois » en Ukraine, à travers une conférence, fin août, sur la migration ratée vers la Suède en 1929 ; plus exactement, on parle là des migrants de Gammalsvenskby qui se sont installés (ou qui ont essayé) à Jönköping (à savoir, est-il précisé, à peu près le tiers de l’ensemble du groupe en migration).

Depuis sa création après le déplacement punitif par Catherine II d’une grande partie de la population de Runö (des Esto-Suédois) en 1781 (1200 personnes, rappelle Peter Hedfors sur le site de la SOV, dont environ 500 seraient arrivés vivants à « bon port »…), Gammalsvenskby a réussi à garder des attaches, des us et coutumes, de son passé esto-suédois et, indirectement, suédois. Dans un contexte non dénué d’une certaine idéologie (crainte de l’URSS, volonté de rapatrier en Suède les tenants du « sang national »…), cette migration a dû susciter bien des incompréhensions (et des découvertes?) des deux côtés. Rappelons qu’une grande partie des Esto-Suédois accueillis a voulu repartir vers l’Ukraine après quelques mois.
On y reviendra. 

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

Bien. Mais Giono, là -dedans ?
Je venais de rédiger un billet où je montrais un peu d’énervement à l’encontre de Thomas Nydahl, et sa posture abstentionniste aux élections suédoises.
Mais voilà que retournant à son blog (un peu par désœuvrement, fascination pour l’écran… Il était temps que j’aille passer quelques jours – beaucoup moins que ce que j’avais prévu, mais il y a eu, n’est-ce pas, des circonstances indépendantes de ma volonté… – dans un de ces coins éloignés de tout, du côté de Jean-Loup Trassard peut-être, presque autant dans le temps que dans l’espace pourrait-on dire ; une de ces maisonnettes de rêvasserie où je ferais presque figure de fantôme, tant il est vrai que certaines fantasmagories paraissent plus réelles que telle ou telle farce contemporaine…) Retournant à son blog, donc, le lendemain (mais à une heure du matin… on peut donc dire quasiment le même jour ; le 19 août 2026), je tombe sur un article sur Jean Giono, plus exactement sur une traduction de Un de Baumugnes, roman, explique Thomas Nydahl, de… 1929.


Bon, pas de quoi néanmoins s’emballer sur les hasard des chiffres… ce qui est un peu étonnant, c’est que Un de Baumugnes, c’est un des deux livres que j’avais emporté dans ma petite marche en Auvergne, et que j’étais, ces 18 ou 19 août, en train de le finir. 
La traduction (de Jan Stolpe) en suédois du livre, Mannen från bergen (L’Homme de la montagne), date de 2013. Thomas Nydahl l’a lu en deux soirées. Pas moi ; je lis lentement, principalement parce que je lis, surtout en ce moment, plusieurs livres en même temps (surtout quand il y a des bibliothèques dans les gîtes d’étape...).

Je connais très peu Giono ; une remarque de ce genre (page 99 de mon édition du Livre de Poche) : « Les femmes, voyez-vous, ça complique beaucoup la vie. » ; cela fait d’abord sourire, puis…

Mais en lisant la belle préface de Michel Gramain de mon livre, je retrouve des thèmes très dhôteliens : le jeu sur les toponymes, la vie rurale, le mal et le bien, même la place de la religion… Que sais-je encore.
Et pourtant au début de ma lecture, j’ai eu un peu de mal à suivre, même si étrangement, l’usage du patois provençal pouvait me ramener à une lecture à peu près concomitante : Conversation avec le taupier, de Jean-Loup Trassard, dont il était question (c’est un hasard…) plus haut.

Jean-Eugène Buland, Bonheur parental, 1903 -
Capture d’écran, qui pourrait illustrer Un de Baumugnes

Thomas Nydahl de remarquer : « Den får mig att tänka på sådant jag läste av Ivar Lo och andra arbetarförfattare, då de utifrån egen erfarenhet gestaltade människor som kallas små bara för att de är så många, människor vars storhet består i att de sliter med jorden för att vi alla ska ha mat att sätta på bordet. »

« Ça m’amène à penser à ce que j’ai lu d’Ivar Lo et autres auteurs prolétariens, quand ils dépeignent, à partir de leur propre expérience, les gens considérés comme petits simplement parce qu’ils sont si nombreux, gens qui sont en fait grands parce qu’ils peinent à travailler la terre pour que nous autres aient à manger. »

Eh, il y aura à redire, aussi, sur les écrivains prolétariens…


Nils Blanchard

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