J'ai lu (et relevé moult passages, intéressants) ce livre de Frédérique Neau-Dufour il y a plus d’un an. Puis je l’ai réemprunté pour développer précisément ce que j’avais relevé.
J'avais ressenti un certain malaise du fait du titre (comment a-t-on pu laisser passer un titre pareil – on va y revenir…), une certaine présentation des choses, rapide…
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| Struthof (1945?) En tout cas après l'évacuation du camp de concentration (KL) |
En même temps, il contient beaucoup d’informations.
Peu étudiée, cette période du site est pourtant en partie à l’origine d’un certain négationnisme.
Il convient donc d’être d’autant plus circonspect à ses abords.
Ce livre publié à La Nuée bleue en 2025 n’est pas tout à fait une « somme ». Frédérique Neau-Dufour, indique d’ailleurs çà et là que des recherches ultérieures seront bienvenues ; on peut plus le considérer comme une étape, dans l’étude de ce qui est une sorte d’après Natzweiler, qui a été peu étudié sérieusement, ce camp d’internement du Struthof, géré par le GPRF de mi-décembre 1944 au 11 novembre 1945.
Commençons par le titre de l’ouvrage. « Struthof », c’est le nom officiel du camp d’internement administratif, à partir de fin 1944 et pour une petite année. On sait qu’il est impropre d’appeler le camp de concentration qui l’a précédé (en réalité le KL Natzweiler) « Struthof ». Mais c’est une habitude qui a été prise. Certains des gestionnaires de l’actuel site parlent même de « mémorial Struthof », ce qui n’a à mon avis pas grand sens ; j’y reviendrai peut-être.
Les choses se compliquent d’autant plus qu’il y aura une troisième époque (d’internement) du site du camp : un centre pénitentiaire, qui durera jusqu’en janvier 1949, sur lequel il n’y a a priori encore quasiment aucune étude.
Et il y a une mini époque intermédiaire (mini, à tous les sens du terme) entre les première (KL Natzweiler) et deuxième (« Struthof ») époques du camp, c’est en septembre 1944, lorsque le camp n’est plus occupé que par quelques SS et déportés, quand, « fuyant l’avancée des Alliés pour rejoindre Pétain à Sigmaringen, le collaborateur Darnand et environ 3000 miliciens font étape au Struthof pour quelques jours. » (Page 17.)
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| Struthof (novembre 1944?) En tout cas après l'évacuation du camp de concentration (KL) |
« Struthof », donc. Mais, problème, il y a un sous-titre : « Un camp pour épurer l’Alsace ».
Non.
Comme l’indique du reste l’auteure elle-même, le Struthof, au moment de l’épuration, faisait partie d’un ensemble d’autres structures, parmi lesquelles – là aussi, ça complique les choses – l’ancien camp de redressement (allemand, pendant la guerre) de Schirmeck.
Et pour sortir du cadre purement alsacien (dans lequel, pardon, croupissent trop d’« Alsatiques ») : « En décembre 1944, à travers tout le pays, 50 000 personnes sont internées dans 171 camps d’internement – un record. Dans les régions libérées le plus tôt, les camps fonctionnent depuis près de six mois, alors que ceux de l’Alsace viennent de naître. » (Page 22.) Pour le Struthof, en tout, entre 7000 et 8000 individus y sont passés pendant son année d’existence (chiffres de F. Neau-Dufour).
Le « Struthof » n’a pas été construit pour l’épuration – ses structures sont celles du camp de concentration – mais réutilisé, et ayant accueilli qui plus est non seulement des collaborateurs, mais aussi des Allemands n’ayant pas nécessairement de lien avec la collaboration et les nazis.
Évidemment, 7000 à 8000 personnes passées par le camp, ce n’est pas rien, et on comprend que l’auteure n’a pas voulu dire que le camp avait été construit pour l’épuration de l’Alsace. Il ressort néanmoins de ce titre, et du livre, un certain esprit de victimisation de la région concernée, qui me semble dépassé (pour ne pas dire agaçant). Je reviendrai peut-être (peut-être…) sur cette question…
Le livre lui-même (j’ai encore des problèmes de vue…) est présenté dans sa quatrième de couverture de manière assez désagréable, avec des mots soulignés… À l’intérieur, de gros sous-titres ; le tout un peu scolaire…
Mais… C’est à la page 22 que j’ai arrêté de mettre au propre mes notes. Je tombe en effet sur ce paragraphe que j'avais relevé et qui éveille mon intérêt pour diverses raisons. Il y est question d’appels des autorités locales alsaciennes à la modération dans le traitement judiciaire des actes de collaboration. Le procureur général près de la cour de Colmar s’interroge : « “Toutes les organisations nazies doivent-elles être traitées identiquement ? (…)”
Le 10 août 1945, reprenant une à une les questions du procureur, le ministre Pierre-Henri Teitgen lui apporte une réponse claire. Seule l’adhésion volontaire aux “SS et SA” doit être retenue pour sanctionner les Alsaciens et Mosellans. »
En notes (n° 20, 21...), on apprend les références de la lettre du ministre (de la Justice) Teitgen citée, en l’occurrence conservée aux Archives départementales du Bas-Rhin (devenues on ne sait trop comment ni pourquoi, mais peu importe, les Archives d’Alsace). Bien, mais patatras, lesdites archives m’informent que cette cote correspond à autre chose.
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| Struthof (en 1945?), période du camp d’internement |
Une erreur de cote, cela peut arriver ; je compulse alors les notes en fin d’ouvrage (il y en a près de 1000) pour voir si « mon » document n’est pas mentionné ailleurs.
Mais voilà que je tombe sur ceci (note 859) : « Ils s’inscrivent dans la continuité de ce qui se pratiquait à la période nazie [sous-entendu, période du camp de concentration de Natzweiler], où certains déportés furent soignés à l’hôpital avant d’être remis au travail. » Retour au texte (p. 203) ; il est question des « transferts entre le camp et les structures hospitalières de Strasbourg [qui ont eu lieu] tout au long de l’année 1945 ».
« Continuité » ? Avec les conditions d'existence et de travail dans le camp de concentration de Natzweiler ?
Non. Assez.
Il est à espérer que s’il y avait une nouvelle édition de cet ouvrage, elle bénéficierait a minima d’une relecture, sérieuse.
Nils Blanchard





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