dimanche 7 juin 2026

Fragments / Reflets du blog

Christine Epstein a écrit (éditions Pierre Mainard, 2025) un beau livre d’aphorismes que je ne saurais trop recommander. Tenez, page 33 : « Remerciez les gens qui vous envoient balader, ils vous aident à retrouver un chemin. »

Capture d’écran

 Exposition sur Hilma af Klint au Grand Palais (avec la collaboration du Centre Pompidou) c’est du 6 mai au 30 août 2026.
On lit sur la page de présentation de l’événement : que son œuvre a « bouleversé la chronologie de l’art moderne. Pour la première fois en France, découvrez l’univers visionnaire de Hilma af Klint (1862-1944) ». Cela, pour la période 1906-1915. Bon, pour la première fois en France, peut-être, mais j’avais quand même évoqué cette peintre il y a environ un an.

Capture d’écran – Gabrielles blogg ; Västerbron, 1936. (Photographe :
Cronquis Gustaf W:son ; source Stadsmuseet, Fotonummer : CRD 23.)

Autre date, 1936.
Ça vient d’un article du 13 mai 2026 de Gabrielle Roland Waldén – Gabrielles blogg –, narrant une série d’événements abracadabrantesques ; victime d’une intoxication alimentaire, elle est conduite à l’hôpital, où la rejoint son fils à vélo. Elle repartira en taxi chez elle dans la nuit après une batterie d’examens, mais son fils, en rentrant à vélo, passe par le Västerbron (le Pont de l’Ouest). On apprendra aussi qu’un aviateur dans les années 50 est passé en dessous avec un Saab…) Mais le fils cycliste a été acteur d’une fait divers assez triste :

« Klockan var halv 2 eller så på natten och bron låg öde, inte en enda nattvandrare, inte en enda bil, buss eller cykel. Tomt. Men uppe på krönet höll en ung kvinna på att försöka klättra över räcke och säkerhetsstängsel för att kasta sig ut. Sonen stannade förstås och talade med henne. I smyg larmade han polisen som kom snabbt med släckta lyktor. Kvinnan sprang iväg mot Långholmen tätt följd av en vältränad polis. Sonen kunde fortsätta hemåt igen. Dramatisk kväll och natt. »

« Il était vers les une heure et demie du matin et le pont était désert ; pas un noctambule, pas une voiture, bus ou vélo. Vide. Mais en haut du pont une jeune femme essayait de franchir la balustrade et la barrière de sécurité pour se jeter dans le vide. Alors forcément mon fils s’est arrêté et lui a parlé. Discrètement, il a appelé la police qui est arrivée rapidement, sans les gyrophares. La femme s’est enfuie vers Långholmen suivie de près par un policier sportif… Mon fils a pu reprendre son trajet vers la maison. Soir et nuit dramatiques. »

(Långholmen est une petie île au centre de Stockholm où des bateaux sont remisés en hiver, et mouillés l’été ; il y a là une ancienne prison qui sert d’auberge de jeunesse et d’hôtel. J’y ai vécu pas mal de temps…)

Bon, mais la photo qui accompagne l’article date de 1936.
Une photo de votre humble serviteur du même pont doit dater du tout début du vingt-et-unième siècle, illustrant un billet paru il y a plus de deux ans.

Mais, dans un article du lendemain de celui de Gabrielles blogg, sur le site « Vu de la hune », apparaît une photo de Willy Ronis de… 1936. Eau et ville encore.

Willy Ronis, La Place de la République,
1936 - Capture d’écran

Mais retour à la capitale suédoise, dans le blog de Julia Eriksson cette fois. Là, soudain, la photo d’une rue de Stockholm (quelque part vers Södermalm), me ramène à des temps (relativement) anciens. Coup de blues… Aussi, étrange circonspection… Quoi, je ne pourrais, maintenant, sortir simplement de chez moi et me retrouver là, comme cela m’arrivait alors ?

Capture d’écran - juliaeriksson.se

Quels gens passent, maintenant exactement, que je ne peux approcher, croiser ?
Cette réalité est là, à portée de regard ; la photo date d’il y a quelques jours vraisemblablement (l’article date du 13 mai…) ; elle aurait pu avoir été prise il y a quelques minutes et publiée de suite ; c’est la « magie » des blogs… Semblant d’accès à une autre réalité ; mais en même temps…


Nils Blanchard

mardi 2 juin 2026

Agréable et inquiétant / desassossego

23 mai. Promenade vers midi dans la bonne ville d’Haguenau. L’été s’est abattu ici comme ailleurs, soudainement. Je ne déteste pas la chaleur. C’est plutôt agréable, que de se promener sous le ciel bleu et clément où chahutent des martinets crieurs.
Et inquiétant.

NB - Forêt d’Haguenau

Je pourrais en dire autant des cloches à toute volée de l’église Saint-Georges, qui rappellent une certaine enfance, en Mayenne où les cloches ont été assourdies par on ne sait quel fâcheux qui ne les supportait pas dans le village…
C'est agréable bien sûr les souvenirs d’enfance. Mais les cloches ramènent au temps bien sûr… On ne va pas parler des farandoles de la dame à la faux… mais :

« Vem är du ?
– Jag är döden.
– Kommer du och hämta mig ?
– Är du beredd ?
() »

Bon, là ; faut-il traduire ? (« Qui es tu ? / – Je suis la Mort ! / – Viens-tu me prendre ? / – Es-tu prêt ? » C’est dans Le Septième sceau, bien sûr…)

Pedro Pruna, Alegoria, 1944 - Capture d’écran

On pourrait enchaîner sur La Fontaine ; un des plus beaux textes de la littérature française…

« La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière, (…) »

NB - Haguenau, fin mai 2026

Mais, Haguenau. Je tombe (façon de parler) sur une pancarte : « Les rencontres de l’écologie 
optimiste ». J'avais déjà vu ça l’année dernière. Ces gens sont gentils, vraisemblablement. Mais vont-ils arrêter de déconner trois secondes ?
Il faudrait que l’écologie soit « optimiste » pour ne pas être assimilée à l’écologie jetée en pâture depuis quelques années, via réseaux d'autres fâcheux, aux conducteurs de panzers et adeptes d’on ne sait quelles théories jetant l’opprobre sur les défenseurs de l’environnement, accusés d’être « punitifs ».
(Il est vrai que certains tartuffes, il y a quelques décennies, soixante-huitards tombeurs de de Gaulle puis maastrichtlisbonnisateurs, qui ont fini leur carrière à commenter du football, n’ont pas dû faire beaucoup de bien à la cause...)


Puis est-ce que je peux écrire qu’il y a autre chose encore que de l’inquiétude ? Le billet précédent évoquait Wera von Essen, ma lecture d’En Emigrants dagbok. Pages 233-234, on lit : « Kanske inte ångest, men oro. Desassossego. (…) Orons bok heter Livro de desassossego. Den brasilianska oron skiljer sig från den portugisiska. Den är mindre melankolisk och mer brutal. »

« Pas de l’angoisse peut-être, plutôt de l’inquiétude. Desassossego. [Aussi traductrice du portugais, elle se trouve alors au Brésil.] (…) Le livre de l’intranquillité, en portugais c’est Livro de desassossego. L’inquiétude brésilienne se distingue de la portugaise. Elle est moins mélancolique et plus brutale. »

On parlait du chat, noir, aussi… À la page suivante, Wera von Essen est confrontée à des cafards dans son logement (pas des souris, cette fois). « Vad gör jag ? Det kommer inte att bli bättre. Och ytterligare en. Som den svarta katten såg. »

« Qu’est-ce que je fais alors ? Ça ne va pas s’arranger. Tiens, encore un. C’est le chat noir qui l’a vu. »


Nils Blanchard


Ajout : en lien de ce site (indirect, via Alluvions), Terrestres informe de la tenue d’une table ronde à Paris, le 3 juin, avec les anthropologues Barbara Glowczewski et Nastassja Martin. De cette dernière, il a été question notamment ici. Thème de la rencontre : « Rêver plus loin : sur la puissance politique du rêve. Tout un programme.